Test Final Fantasy V

Final Fantasy V – Exdeath Metal : la Radio Nostalgie de la Saga

« Ouh là ! Pour une vieille baderne, tu as du courage ! »


I. De l’Exil Insulaire et du Syndrome du "Best-Of"

L'histoire de Final Fantasy V en nos contrées est celle d'un immense coït interrompu. Longtemps, ce joyau resta l'apanage exclusif du public nippon, jalousement gardé sur Super Famicom par des développeurs persuadés que l'Occidental moyen était trop crétin pour assimiler son système de jeu. Il fallut patienter jusqu'à l'ère de la PlayStation pour qu'on nous daigne en jeter une copie, accouplée au quatrième opus, mais dans un anglais rebutant pour les phobiques de la langue de Shakespeare. Ce n'est qu'avec la version Game Boy Advance que nous eûmes enfin droit à une traduction française digne de ce nom. C'est donc sur cette cartouche providentielle que nous allons déverser notre fiel et notre amour.

Dès les premières minutes, le titre fleure bon le réchauffé de luxe : le vent ralentit, les eaux stagnent, une météorite s'écrase lourdement sur la croûte terrestre (phénomène phallique s'il en est), et les sacro-saints Cristaux menacent de claquer entre les doigts d'une humanité désemparée. On se croirait ramené aux prémices balbutiantes des deux premiers épisodes. Pourtant, sous ses allures de Best-Of de la franchise, Final Fantasy V cache une générosité et une écriture bien plus étoffées qu'il n'y paraît.


II. Du Pirate Androgyne, de la Gériatrie Amnésique et du Chocobo de Compagnie

Si le casting s'avère moins tragique et torturé que celui de son illustre prédécesseur, il n'en demeure pas moins un savoureux ramassis de bras cassés attachants. L'escouade se compose de :

  • Bartz : Un adolescent solitaire dont le seul compagnon de route depuis le trépas de son paternel est Boko, un Chocobo géant. Une amitié inter-espèces qui nous épargne heureusement les dérives zoophiles de ce cher Guy dans FF II.

  • Lenna : La douce princesse au cœur pur, orpheline de mère dès l'introduction, qui coche avec zèle toutes les cases de la donzelle royale prête à se sacrifier pour un bourgeon.

  • Faris : Le capitaine pirate androgyne, précurseur absolu du trouble dans le genre, qui cache sous ses manières de flibustier bourru une sensibilité (et une identité) bien plus complexe.

  • Galuf : Le vieillard ramassé près du météore, frappé de la providentielle amnésie scénaristique — cette béquille d'écriture vieille comme la vérole, toujours aussi diablement efficace.

  • Krile : La gamine énergique, petite-fille du susnommé vieillard, qui hante ses visions avant de rejoindre activement la troupe pour botter des culs.

Leur noble quête ? Faire la tournée des temples pour protéger les cristaux et empêcher le réveil d'Exdeath. Un antagoniste d'une nature pour le moins déconcertante, puisqu'il s'agit d'un puissant sorcier… qui fut jadis un arbre maléfique ! Une bûche dotée de conscience, désireuse de réduire l'univers à néant. Face à ce végétal mégalomane, le jeu navigue brillamment entre une légèreté assumée — incarnée par l'inénarrable Gilgamesh, bras droit foireux et ressort comique absolu qui passera son temps à fuir nos joutes — et des moments d'une gravité tragique, n'hésitant pas à sacrifier certains de ses héros sur l'autel de la narration.

Capture d'écran Final Fantasy V Hiryû sauve Lenna



III. Du Kama Sutra des Compétences et de la Jauge ATB

Mais la véritable érection ludique de ce cinquième opus, son point G absolu, c'est l'apothéose de son système de "Jobs". Reprenant l'idée embryonnaire du troisième volet, FF V la gorge de stéroïdes. La destruction des cristaux vous octroie leurs essences, débloquant une vingtaine de professions ! Le coup de génie réside dans la porosité des compétences : vous pouvez maîtriser le vol avec votre Voleur, puis l'assigner à votre Ninja. Vous voulez un Chevalier en armure lourde capable de soigner comme un Mage Blanc ? C'est possible !

Ce Pôle Emploi de l'heroic fantasy transforme le jeu en un gigantesque bac à sable tactique. On passe un temps obscène, presque indécent, à exploiter les combats aléatoires incessants (merci la GBA pour sa portabilité sur le trône) afin de développer des synergies monstrueuses. Le tout est dynamisé par la jauge ATB héritée de FF IV, garantissant des affrontements d'une fluidité exemplaire.


IV. De l'Architecture Masochiste et du Syndrome de la Fenêtre Ouverte

Attention cependant, Final Fantasy V conserve une difficulté à l'ancienne. Le bestiaire est dense, et si les lieux visités s'inscrivent dans la tradition (grottes humides, forêts, châteaux), l'architecture de certains donjons relève du pur sadisme. Prenons la Tour du Phénix : une érection de pierre interminable, sans point de sauvegarde, menaçant de réduire des heures d'ascension à néant au moindre faux pas.

Mais la palme des sueurs froides revient incontestablement au donjon final. Un labyrinthe poisseux et retors, grouillant d'ennemis capables de balayer votre équipe d'un revers de tentacule. J'avais solennellement juré de défenestrer ma console si je venais à trépasser au dernier affrontement après m'être farci une telle purge. Le miracle de mes combinaisons de compétences m'a sauvé, ainsi que le double vitrage de mon appartement. Notons au passage que le jeu s'autorise des quêtes annexes intelligentes et scénarisées, comme celle du Mime, qui nous épargnent l'habituelle collectionnite aiguë de coffres vides.


V. L'Enfant du Milieu d'un Âge d'Or Révolu

Pour conclure, Final Fantasy V est un majestueux melting-pot. Il condense la candeur introductive et la mythologie cristalline des deux premiers opus, sublime le système de Jobs du troisième, emprunte la dynamique ATB du quatrième, tout en densifiant son écriture (bien qu'il n'atteigne pas la complexité shakespearienne des protagonistes du IV).

C'est un épisode qui vaut infiniment plus pour la richesse folle de son gameplay que pour son univers global. Hélas, coincé chronologiquement entre la tragédie du IV et le chef-d'œuvre absolu, le sommet indépassable qu'est le VI, cet opus souffre du syndrome de l'enfant du milieu. Il a du mal à se faire une place de choix dans le cœur saturé des joueurs. Pourtant, il est le dernier fier représentant de l'« Ancien Temps », de cette fantasy pure, avant la révolution de la 3D, le cyber-punk, l'angoisse adolescente et, bien des années plus tard, la maudite occidentalisation qui transformera la licence en un Beat'em all sous assistance respiratoire.


Verdict : 7.5/10

Je le classe sans honte sur la troisième marche du podium des Final Fantasy 2D, talonnant de près son grand frère. Un bac à sable tactique incontournable qui exige patience et abnégation, mais qui récompense l'effort par l'orgasme de l'optimisation parfaite.

« Mouah, ha, ha, ha, ha… Je me suis transformé en écharde en attendant l’instant propice ! »

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