Assassin’s Creed Syndicate — Le dernier thé avant Les Temps Modernes
"Gentlemen. This tea was brought to me from India by a ship, then, up from the harbour to a factory, where it was packaged and ferried by carriage to my door, unpacked in the larder and brought upstairs to me. All by men and women who work for me. Who are indebted to me, Crawford Starrick, for their jobs, their time, the very lives they lead."
Prologue
Londres. 1868.
La révolution industrielle, cette partouze de
charbon et de misère.
Les enfants bossent douze heures par jour
dans des usines qui ressemblent à des moules à cancer. Les ouvriers
vivent dans des flaques de morve tiède. Les bourgeois s’essuient
les mains sur la Constitution. Et au sommet de tout ça, un Templier
en redingote, qui pense qu’il est Dieu parce qu’il possède le
monopole du thé et des enterrements en série.
Bienvenue dans Syndicate, dernier râle victorien d’un Ubisoft en pré burn-out. Le chant du cygne avec bottines et grappin.
I. Frye me, baby one more time
Deux jumeaux. Deux visions. Deux façons de coller des coups de poings à l’ordre établi.
Jacob, le bourrin goguenard, molosse au cœur
tendre, qui règle les problèmes comme on tranche une miche de pain
de seigle : avec une machette.
Evie, la rousse
sublime, discrète, méthodique, charismatique sans forcer, digne
héritière du vrai credo assassin, celui où on plante des lames
plutôt que des slogans.
Ils s’aiment, ils se disputent, ils libèrent des quartiers en
se chamaillant comme deux enfants de chœur dans une rave
anarchiste.
Leur relation est le cœur battant du jeu, entre
amour fraternel et menaces de strangulation passive-agressive.
II. Crawford Starrick, la City personnifiée
Le méchant.
Le seul, le vrai.
Un mélange de
Rockefeller, Voldemort et Patrick Balkany en grande forme.
Crawford Starrick, c’est le capitalisme en
cape. Il sourit comme un croque-mort qui vient d’avoir sa prime. Il
est cultivé, méthodique, courtois, et il rêve de dominer Londres à
coups d’opium, de presse subventionnée et de reliques
de précurseurs à effet curatif.
C’est le boss final qu’on
aurait dû croiser dans Wall Street ou The Crown.
On
l’admire. On le hait. On veut l’embrocher tout en lui demandant
son tailleur.
III. London, baby
Londres est la vraie star du jeu.
Un
chef-d’œuvre de reconstitution.
Chaque ruelle, chaque pub,
chaque cheminée géante qui recrache la mort comme une vieille
tuberculeuse : un décor d’opéra noir.
C’est la capitale de
Dickens, d’Abberline, de Jack l’Éventreur, et de tous les
orphelins qui n’ont jamais eu d’enfance.
Les assassinats uniques sont un retour glorieux aux racines de la
série : infiltration, observation, planification, exécution.
Pour
un instant, on se dit : tiens, c’est peut-être ça, Assassin’s
Creed ?
Mais très vite, Ubisoft reprend le dessus :
Des quêtes FedEx à foison,
Des objets à ramasser par milliers,
Des enfants à libérer par palettes,
Des gangs à bastonner dans la ruelle comme dans un Peaky Blinders Kart.
IV. Evie ou la grâce en capuche
Soyons clairs : Evie > Jacob. Et ce n’est pas qu’une histoire de tâches de rousseur qui font pleurer les statues.
Evie incarne le raffinement. La lame. La pensée. La
précision.
Elle assassine comme on écrit un haïku.
Jacob,
lui, c’est plutôt un slam bourré crié dans une taverne, les
pieds dans le vomi d’un docker.
Le système de combat ?
Un enchaînement de combos qui ferait
passer Batman Arkham pour une thèse sur la
non-violence.
Fun, certes, mais hors-sujet total.
Les courses en calèche ?
Un enfer.
Un Destruction
Derby dans une ruelle de Darwin.
Le grappin ?
Pratique, mais transforme le parkour en FIFA
Ascension Manager 1868. Plus besoin de grimper. On clique, on
s’envole. Batman a gagné.
V. Métahistoire : Shaun, Rebecca et une balle perdue
Oh miracle.
Le présent existe encore !
On retrouve Shaun et Rebecca, en chair et sarcasme. Et cette fois,
ils bougent ! Ils font quelque chose !
Rebecca se fait tirer
dessus. Shaun panique.
Et puis… rideau.
Retour au
silence.
Mais ça fait du bien, comme un texto de ton ex qui
t’avoue que t’étais pas si nul au pieu.
VI. La pause bien méritée
Syndicate est un jeu solide.
Pas audacieux.
Pas génial. Mais soigné. Sincère.
Un baroud d’honneur
victorien, corseté mais élégant.
Le gameplay recycle. L’histoire fait le job. Les personnages
sont bons.
Mais surtout : on sent qu’ils ont besoin de
souffler.
Ubisoft arrive au bout. Le moteur crache. Le
scénariste pleure. Le joueur soupire.
Et derrière ce soupir, il y a l’idée qu’il est temps de tout
raser.
Ce qu’ils feront avec Origins.
Mais ça,
c’est un autre chapitre.
Verdict : 7.5/10
Syndicate, c’est le dernier toast avant la
rupture.
Une ode à Londres, un hommage au thé noir, une lettre
d’amour aux assassins d’autrefois.
Ça ne révolutionne
rien.
Mais ça respecte son public.
Et surtout : ça
sait s’arrêter.
"Stay with me, Becs ! Please !"

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