Test Jonah Lomu Rugby

Jonah Lomu Rugby – Le rugby pas encore sous dialyse

« Denis c’est pas possible on dirait des forts des Halles en train de se bagarrer un jour de fête. »


I. Le Désert Vidéoludique et le Mystère des Règles Imbitables

Pourquoi, par les couilles de l'archange Gabriel, n'existe-t-il aucun bon jeu de rugby à part Jonah Lomu Rugby, depuis toutes ces années ? La question mérite d'être posée à l'Académie Française ou au comptoir du Bar des Sports de Trifouillis-les-Oies. La réponse est d'une tristesse affligeante : les règles du rugby sont absolument imbitables pour le casual gamer moyen. Comment voulez-vous expliquer à un adolescent nourri au FIFA qu'il faut faire des passes en arrière pour avancer, et qu'un tas de viande au sol répond à des lois physiques et arbitrales plus complexes que le Code Pénal ? Les développeurs, découragés devant ce défi épistémologique, ont baissé les bras.

Il faut dire que le public cible est d'une maigreur anorexique : les Britanniques (qui lui préfèrent de toute façon le foot), les Sud-Africains, les îles du Pacifique et les bouseux du sud-ouest de la France chez qui la graisse de canard tient lieu de liquide séminal. C'est mince. Je n'inclus même pas les Australiens, qui sont bien trop occupés par le football australien (ce sport de dégénérés en débardeur) ou le cricket (ce somnifère sur gazon). Bref, le rugby en jeu vidéo, c'est le purgatoire des comptables du marketing.


II. Du Haka Numérique et de la Générosité des Nations

Mais revenons à nos moutons (néo-zélandais, cela va de soi). Le jeu se lance sur une cinématique d'introduction d'une violence poétique inouïe : Jonah Lomu passe en revue des adversaires comme s'il traversait un champ de pâquerettes, avec en fond un illuminé maori exalté exécutant un haka à vous glacer les sangs. On est dans l’ambiance : ça va saigner.

Au niveau du contenu, Codemasters ne s'est pas foutu de notre gueule. 32 équipes nationales ! C’est titanesque pour un sport comptant si peu de vraies nations adeptes. Les mastodontes sont présents, mais ils sont accompagnés de bizarreries exotiques comme le Portugal, les Pays-Bas ou la Namibie. Côté modes de jeu, on frise l'orgie : match amical, Coupe du Monde, tournois continentaux (Tournoi des 5 Nations, Tri-Nations), et des matchs "Classiques" où l'on vous jette au milieu d'un match réel, à la 60e minute, avec pour mission de renverser l'Histoire. Et les clubs ? Pas de clubs. Mais franchement, qui s’intéresse au rugby de clubs à part trois piliers bedonnants un dimanche pluvieux à Castres ?


III. Des Voix de France TV et de la Modélisation au Tractopelle

Pour l'habillage, le jeu fait appel à Denis Charvet et Jean-Louis Calméjane. Nos deux compères balancent des phrases inspirées, dignes des plus grandes envolées lyriques de l'ovalie dominicale. Seul bémol : on sent cruellement qu'ils lisent leurs lignes de texte dans une cabine insonorisée avec l'enthousiasme d'un dépressif sous Prozac. L’ambiance des stades est correcte, quoiqu'un peu timide.

Côté graphismes, la 3D fait le job pour la fin des années 90. On reconnaît les joueurs non pas à leurs visages (qui ressemblent tous à des pommes de terre mal épluchées), mais à leur couleur de cheveux ou à leur gabarit. Tu vois un frigo blond courir vite ? C'est probablement un Sud-Africain. Tu vois un semi-remorque brun te rouler dessus ? C'est Lomu. La finesse s'arrête là.

Capture d'écran Jonah Lomu Rugby Lomu raffûte toute l'équipe adverse



IV. Le Syndrome de l'Aile et l'Oubli des Fondamentaux

Abordons le cœur du jeu, le goulot d'étranglement où toutes les autres simulations se brisent les dents : le gameplay. Près de trente ans plus tard, c'est toujours le meilleur gameplay d'un jeu de rugby… et pourtant, il est loin d’être parfait ! Oubliez les bases de l’ovalie, le combat de tranchées, les pick and go, les rucks construits et les mauls ravageurs.

La tactique est ici d'une vulgarité sans nom : il faut envoyer le ballon à l’aile, sur le numéro 11 ou le 14, essayer de raffûter le défenseur comme on repousserait un lépreux, et filer à l'essai. Si l'ailier gauche se fait stopper, on recycle vite et on balance tout sur l'ailier droit. On se croirait devant un match de foot coaché par Guardiola, avec interdiction formelle de centrer et l'obligation de revenir sempiternellement en arrière pour étirer le bloc. Les touches sont plutôt bien rendues (elles demandent du timing et une grosse part de chance), mais n'espérez pas claquer des drops. Le temps de charger votre jauge de frappe, vous serez déjà plaqué par un troisième ligne depuis le siècle dernier !


V. L'Équilibre Géopolitique et le Cheat Code "All Blacks"

En défense, c'est la loi du talion. Il faut plaquer le plus tôt possible et engouffrer un maximum de viande dans le ruck pour espérer un turnover. Et là, le jeu fait preuve d'un réalisme géopolitique stupéfiant : avec l'Afrique du Sud ou la Nouvelle-Zélande, 4 ou 5 joueurs suffisent pour gagner le ballon. Avec la Roumanie ou l'Espagne, il faudra placer 8 joueurs au sol, laissant votre ligne de trois-quarts aussi vide qu'un meeting politique en plein mois d'août. Oubliez l'idée de battre les All Blacks avec la Namibie, c'est mathématiquement et physiquement impossible, tout comme il est miraculeux de s'en sortir indemne avec l'Écosse ou l'Irlande.

D'ailleurs, la Nouvelle-Zélande est votre mode "Tutoriel". Jonah Lomu est littéralement invincible. Il peut renverser et raffûter l'intégralité du XV adverse, filant comme un TGV lancé à pleine vitesse. De l'autre côté, Jeff Wilson est une Formule 1. Vous avez Andrew Mehrtens pour le jeu au pied millimétré, le duo Bunce/Little au centre pour découper la viande, et les frères Brooke devant. Rien ne peut vous arriver. Le jeu au pied, d'ailleurs, prend tout son sens avec des orfèvres comme Mehrtens ou Thierry Lacroix. Leurs jauges de puissance sont énormes et prennent en compte la force du vent, rendant les transformations en coin d'une difficulté jouissive. À l'inverse, si vous tentez un coup de pied avec le pauvre ouvreur du Chili, vous obtiendrez un dégagement de pucelle effarouchée.

Pour le fun absolu, le jeu propose de débloquer une équipe composée de 15 Jonah Lomu. Autant dire que c'est l'apothéose de la sodomie pour votre pauvre adversaire, qui passera le match à voir ses joueurs se faire éparpiller façon puzzle.


Verdict : 7/10

Jonah Lomu Rugby demeure la meilleure simulation de ce sport. Généreux (pour du rugby), truffé de vrais noms et d'anecdotes historiques sur les équipes pendant les temps de chargement, il pèche cependant par un manque de respect envers les vrais fondamentaux (le combat d'avants) qui l'empêche de prétendre au trône suprême de la note parfaite.

À titre personnel, ce jeu me rend terriblement nostalgique. Je ne suis plus vraiment le rugby depuis belle lurette, depuis que le French Flair a été assassiné au profit de la multiplication des mauls stériles et des percussions frontales. D’un sport d’évitement, on est passé à un concours de destruction de la boîte crânienne. Mon cœur reste acquis au jeu de l'hémisphère Sud, ce rugby kamikaze et plein de panache des Fidjiens, Samoans ou Tongiens… des nations magiques dont la poésie s'effrite à mesure que leurs meilleurs talents se font piller sans vergogne par les Néo-Zélandais ou les clubs du Top 14. Une autre époque, ma bonne dame.

« Quel coup de pied de coucou ! »

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