Test Final Fantasy III

Final Fantasy III – Passe-moi l’Arc, Refia ! - Moi, c’est Ingus. - Mes excuses, j’ai perdu mes Luneth dans un fossé

« Tu es venu, Luneth. Tu es donc celui qui a été choisi… »


I. Du Dépucelage Européen et de la 3D Dégueulasse

Il aura fallu patienter plus d’une décennie et demie, les bourses gonflées par l'attente et l'espoir, pour que ce troisième volet daigne enfin franchir les frontières de notre vieille Europe. L'événement s'est produit sur Nintendo DS, sous la forme d'un remake censé lisser les aspérités d'une œuvre originellement conçue pour torturer les phalanges des joueurs NES. Sur le papier, c'est le nirvana : un gameplay fluidifié, une difficulté revue à la baisse, des combats aléatoires moins hystériques et un scénario mieux implanté.

Mais, car il y a toujours un "mais" gros comme le fessier d'un Behemoth, le jeu est en 3D. Et pas la 3D chatoyante qui vous caresse la rétine, non ! La 3D taillée à la serpe dont était capable la portable aux deux écrans. C'est polygoné, c'est moche, c'est baveux. Fort heureusement, le naufrage visuel est sauvé in extremis par une direction artistique délicieusement "kawaii" et des modèles de personnages chibi qui parviennent à attendrir notre cœur de pierre.


II. De la Garderie Héroïque et du Fétichisme Cristallin

Le scénario nous refait le coup de la panne — ou plutôt du tremblement de terre — annonçant un fâcheux déséquilibre dans les forces telluriques. Les Ténèbres approchent, et qui de mieux pour sauver le monde qu'un quarteron de puceaux ? Nous incarnons quatre orphelins (quelle originalité foudroyante !) : Luneth le héros générique au charisme de bigorneau, Arc le timide rat de bibliothèque, Refia le tomboy (ou garçon manqué pour les puristes de la langue) qui refuse de forger des épées avec son paternel, et Ingus, le soldat zélé dont le seul but dans la vie est de jouer les chevaliers servants pour sauver une donzelle de sang royal.

Ne cherchez pas ici de développement psychologique shakespearien ni de traumatismes freudiens à la Cloud Strife ; nous restons sur de la trame de NES. Les cristaux magiques, véritables distributeurs automatiques de destinée, adoubent nos quatre puceaux en "Guerriers de Lumière" pour botter le cul des ténèbres.


III. Du Pôle Emploi Fantastique et des Origines du Mythe

La véritable moelle épinière du titre, c’est l’évolution dantesque de son système de jeu. Final Fantasy III transforme votre équipe en de véritables intérimaires de la magie grâce au système de "Jobs". Au gré de vos rencontres avec les fameux cristaux, vous débloquez moult professions, vous permettant de changer de vocation à la volée.

L'aventure est également jalonnée d'interventions de "guest stars" venant vous prêter main-forte. On y croise l'inévitable Cid, Desch (n'y voyez là aucun lien de parenté avec notre Dédé national aux dents refaites, il ne s'agit pas de football), de puissants mages, et même quatre vieillards libidineux introduits pour distiller un peu d'humour potache. C'est aussi dans cette galette fondatrice que nous essuyons notre premier baptême d'Invocations : Odin, Léviathan et consorts viennent cracher leur semence destructrice pour la toute première fois de la saga. Gloire soit rendue également à la toute première apparition des Mogs, ces bestioles ailées qui deviendront les mascottes intouchables de la franchise.

Capture d'écran Final Fantasy III Discussion sur Desch



IV. Du Conservatisme du Tour par Tour et du Gavage Épistolaire

Côté baston, le jeu reste campé sur le traditionalisme réconfortant du tour par tour. Dieu merci, ils n'ont pas souillé cette mécanique d'horloger suisse, contrairement à un certain remake boursouflé de Final Fantasy VII où l'on passe son temps à faire des roulades de gymnaste russe pour esquiver des mandales ! Les rencontres aléatoires, bien que toujours présentes, se font moins oppressantes que dans les deux premiers opus, et la difficulté redescend à un niveau humainement acceptable, nous épargnant des heures de farming avilissant.

Parmi les nouveautés de ce portage DS, notons l'ajout du "Mognet", une quête annexe interminable où vous jouez les facteurs pour ces boules de poils. Une idée charmante qui donne enfin un vrai rôle aux Mogs, jadis relégués au rang de simples figurants sur NES. Modernité (ou paresse ?) oblige, le jeu introduit un mode "combat automatique" où vos troufions attaquent sans relâche à l'arme blanche. Une fonctionnalité fort pratique pour expédier les combats contre les monstres rachitiques tout en se grattant l'entrejambe d'une main libre, bien qu'un brin anachronique pour une relique des années 90.


V. De la Trahison Originelle et de l'Hérésie de la Facilité

L'exploration coche toutes les cases du cahier des charges : on découvre la carte du monde, on navigue entre le mythique Continent Flottant et le monde de la surface, on s'enfonce dans des grottes poisseuses, des forêts luxuriantes et de grandes tours phalliques, le tout en découpant un bestiaire classique dominé par des figures tutélaires comme Ahriman, Cerbère ou Garuda.

Mais une question philosophique s'impose, tel un furoncle sur le nez du bon goût : ce remake n'est-il pas une trahison absolue ? L'œuvre originale sur NES était réputée pour être une purge sadomasochiste, un test de résilience d'une difficulté extrême. En fluidifiant le système, en régulant la difficulté et en y plaquant cette 3D discutable, Square Enix a-t-il émasculé le mythe ? Sans doute un peu.


Verdict : 7/10

Final Fantasy III sur DS est un épisode somme toute sympathique. Il a le mérite de muscler (très légèrement) son scénario et d'offrir une traduction française de bon aloi. Malgré une refonte "moderne" qui trahit la violence de l'œuvre originelle, il se laisse jouer avec le plaisir coupable d'un archéologue dépoussiérant une belle antiquité, bien qu'il demeure profondément désuet.

« Oh, Cid, arrête ! Les gens regardent ! »

Commentaires