Test Runaway 3 A Twist of Fate

Runaway : A Twist of Fate – She was born in spring / But I was born too late / Blame it on a simple twist of fate

« Vous sentez mauvais de la bouche… »


I. De la Veuve Éplorée et de la Capsule Saiyan

Première surprise en insérant cette galette dans notre lecteur : le mâle blanc hétérosexuel est relégué au second plan ! Nous débutons l'aventure dans la peau (fort bien modélisée, avouons-le) de Gina. Nous l’avions quittée moribonde, enfermée dans un habitacle évoquant une capsule de soin Saiyan post-combat contre Freezer, et nous la retrouvons engoncée dans une tenue de deuil lors des funérailles de Brian Basco. Ce cher Brian, accusé d'avoir occis le colonel Kordsmaier, aurait passé l'arme à gauche. Évidemment, les funérailles sont plus fictives qu'une promesse de campagne présidentielle. La narration s'articule alors en un délicieux chassé-croisé : le présent avec Gina qui mène l'enquête, et des flash-back où l'on incarne un Brian amnésique croupissant dans un hôpital psychiatrique.


II. De la Démence Syndicale et de la Faune Asilaire

C'est dans cet asile d'aliénés (que l'on arpente dans les chapitres 2 et 4) que le génie de Pendulo Studios explose. Brian y fait la rencontre d'une galerie de dégénérés d'anthologie. Mention spéciale à Quickle, un fou syndicaliste jusqu'à la moelle, sorte d'hybride difforme entre Philippe Poutou et Nathalie Arthaud, mais qui aurait enfin trouvé la place qui lui revient de droit dans la société : une cellule capitonnée.

Le reste de la faune n'est pas en reste. On y croise Hollister le vieillard sénile, Monsieur Gentil, Junior avec un sac en papier sur la tête, le Docteur Reboot dont la mémoire vive se réinitialise en boucle (un drame digne de Windows Vista), et bien sûr Gabbo, qui cumule plus de troubles psychiatriques que le DSM-5 tout entier mais qui s'avère brillantissime. N'oublions pas Marcelo, le mime — et comme chacun sait, choisir d'être mime justifie à soi seul un internement d'office. Pour garder ce beau linge, un redneck consanguin déguisé en sosie d'Elvis Presley complète le tableau. Runaway est de retour, et son humour est toujours aussi ravageur !

Capture d'écran Runaway 3 Brian Basco jouant avec le mime Marcelo



III. De l'Abolition d'un Fléau et de la Hotline Fantôme

Sur le plan des mécaniques, le jeu conserve l'orfèvrerie des énigmes qui a fait la renommée de la saga. Mais alléluia ! Louez le Seigneur et brûlez un cierge : les développeurs ont enfin éradiqué le terrible syndrome du « Je prendrai cet objet plus tard, je n'en ai pas besoin pour le moment ». Fini les allers-retours infernaux pour ramasser un bout de ficelle que notre héros refusait de glisser dans sa poche dix minutes plus tôt.

Du côté des alliés, notre cœur saigne. Point de Sushi Douglas et de sa bande de hackers pour nous prêter main-forte. Joshua, le geek ultime, n'est présent que sous la forme d'un clin d'œil génial : il officie en tant que "Hotline" pour vous filer des indices si vos neurones patinent. Un système d'aide intégré au scénario qu'il est impératif d'utiliser au moins une fois, ne serait-ce que pour savourer ses répliques.


IV. Du Néo-Polar et de la Narration Fragmentée

Côté antagonistes, la venimeuse Tarantula est de retour, flanquée de nouveaux tueurs patibulaires. On croisera également un personnage hilarant singeant Groucho Marx, prouvant que le jeu baigne dans une culture cinématographique et humoristique foisonnante.

Cependant, on pourra reprocher à ce troisième volet de ne pas agir comme une suite directe et organique du 2. Abandonner en rase campagne des figures tutélaires comme Sushi, Joshua (en chair et en os) ou le professeur Simon laisse un léger goût de cendre. La structure narrative, tiraillée entre les pérégrinations urbaines de Gina et la réminiscence mémorielle de Brian dans sa camisole, rend le scénario un brin décousu par instants. Le joueur se retrouve parfois baladé d'une ligne temporelle à l'autre avec une rudesse qui aurait mérité un peu plus de liant.


V. La Maîtrise de la 2D et le "Rapport Oral"

Malgré ces quelques chipotages de puriste aigri, Runaway 3 : A Twist of Fate est une conclusion magistrale. Il ne déçoit jamais sur ce qui fait le sel du genre : une durée de vie généreuse, des énigmes tordues mais logiques, un humour au vitriol, et une 2D (en cel-shading sublimé) d'une beauté à pleurer. C'est le chant du cygne d'une époque, une œuvre qui respecte le joueur tout en le faisant rire aux éclats. C'est bien tout ce que l'on demande à un Point & Click.


Verdict : 8.5/10

Une apothéose asilaire et cynique pour Brian et Gina. Un grand jeu d'aventure qui prouve que l'on peut allier réflexion cérébrale et dialogues savoureusement ambigus…

« - Je ne suis pas très doué à l’écrit, chef !

- Je me contenterai d’un rapport oral.

- Heu… vous voulez que je me mette à genoux, chef… ? »

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