Test The Last of Us Part II

The Last of Us Part II – L’Extinction par Inclusion

What is the downside to eating a clock
It’s time consuming."

Prologue

Et Dieu que ça l’est.

Pas simplement long. Éreintant. Comme une dissertation sur Simone de Beauvoir lue à haute voix par un culturiste constipé.
The Last of Us Part II est un opéra mutilé, une fresque du deuil en prise directe avec son époque — qui est, hélas, celle de TikTok, des hormones de synthèse et des drapeaux multicolores accrochés aux miradors.
C’est une œuvre brillante. Excessive.
Un chef-d’œuvre qui a trop lu Judith Butler et pas assez regardé Chuck Norris.


I. Abby : Le Muscle et la Miséricorde

ABBY.
Ce n’est pas un nom, c’est une alarme incendie. Une sirène nucléaire.
Imaginez Jeanne d’Arc réincarnée dans le corps de Dolph Lundgren et armée d’un démon intérieur en forme de vengeance.

Elle tue Joel comme on renverse une bibliothèque : brutalement, sans raison apparente, et avec un club de golf.
Et vous voilà contraint de là jouer, elle.
Pas seulement jouer : ressentir, comprendre, compatir.
C’est comme si dans Il faut sauver le soldat Ryan, on vous faisait incarner Goebbels à mi-parcours, et qu’en plus il était végan.

Et pourtant, contre toute attente, on l’écoute.
Pas parce qu’on l’aime, non.
Parce qu’on pressent derrière ses biceps hypertrophiés une peine indicible.
Une sorte de King Kong progressiste, défonçant des immeubles au nom du consentement.


II. Seattle, Trépanation Émotionnelle Sous Pluie Fine

Seattle n’est plus une ville. C’est une nécropole verticale.
Une jungle urbaine où chaque ruelle suinte l’humidité, le remords et la décomposition morale.

On y tue à genoux, on pleure en rampant.
Les combats sont d’une brutalité biblique, comme si l’Ancien Testament avait été réécrit par John Wick.
Le gameplay tutoie le sublime : fabrication de surins artisanaux entre deux crises de panique, infiltration moite, headshots chantants.

Mais l’émotion s’essouffle.
Le jeu s’étire comme un prépuce trop ambitieux.
Parfois, on se surprend à penser : “Est-ce que ce champ de ruines ne serait pas une métaphore de mon intérêt décroissant ?”
Et la réponse est oui.


III. Lev, Dina et le Syndrome IKEA : Tout s’assemble mais rien ne tient

Lev est transgenre.
Transgenre, minoritaire, exilée, religieuse refoulée : à ce niveau-là, ce n’est plus un personnage, c’est un bingo.

On traverse tout l’État de Washington pour la sauver, parce que le monde est peut-être en ruine, mais il faut absolument qu’elle puisse porter des chemises de flanelle sans être jugée.
C’est noble, mais légèrement anachronique quand on crève de faim et que le moindre champignon peut te mordre le nez.

Dina, quant à elle, est une compagne charmante.
Jusqu’à ce qu’elle tombe enceinte comme une adolescente dans un clip de Lana Del Rey.
Sa sexualité est fluide comme un yaourt périmé, et son nez… ah, son nez.
On pourrait forcer des coffres-forts avec. Ou sculpter le Mont Rushmore en un éternuement.

Ellie devra garder le bébé.
Changer les couches entre deux meurtres.
Mais très vite, elle comprend : l’amour est un piège.
Et la maternité, un guet-apens en layette.
Elle préfère repartir. Venger. Tuer.
Car mieux vaut affronter mille goules que se laisser bercer par le ronron d’un nourrisson qui n’est même pas de ton sang.


IV. La Mort du Mâle : Une Autopsie au Couteau Papillon

Owen.
Le seul homme blanc cisgenre hétéro qu’on ne veut pas immédiatement jeter dans une fosse sceptique.
Il est doux, ouvert, pacifiste, il fait de la plongée et probablement des muffins sans gluten.
Mais rien n’y fait.

Il se fera détruire, mentalement et physiquement, par Abby, dans une scène de coït qui ressemble plus à une prise de catch qu’à une étreinte.
Puis il sera effacé du récit comme un tweet problématique de 2013.
Et à travers lui, c’est le dernier vestige de virilité classique qui est crucifié sur l’autel du féminisme armé.

Dans une bibliothèque repeinte aux couleurs LGBTQIA+, il reste planté là, fantôme de ce que fut l’homme : une erreur corrigée par la nouvelle version du patch Druckmann 2.0.

Capture d'écran The Last of Us Part II scène de sexe entre Abby et Owen



V. Flashback ou L’Instant Où le Jeu Devient Poésie

Mais alors, surgissent les souvenirs.
Joel, Ellie, des dinosaures empaillés, des guitares accordées au cœur.
Des moments volés au tumulte. Des bulles d’humanité.
Ici, The Last of Us Part II retrouve son âme.
Il se rappelle qu’avant de prêcher, il racontait.
Et qu’avant de déconstruire, il aimait.

Ces séquences sont à ce jeu ce que le rire est à un enterrement : incongru, mais vital.


VI. Remaster à Sec ou Le Culte de l’Éternel Repassage

Et parce que le monde est dirigé par des comptables cocaïnés, The Last of Us Part II fut bien sûr… remasterisé.
Encore.
Et encore.

Textures plus fines. Framerate plus fluide. Ombres plus profondes que les pensées d’un influenceur.
Mais à quoi bon ?
C’est comme si on remaquillait un cadavre pour une troisième veillée funèbre.
Il est toujours mort. Il pue un peu moins. Voilà tout.


Verdict : 9/10 – La Fin du Monde Mais Inclusive

Chef-d’œuvre, disions-nous.
Et c’en est un.
Une symphonie post-apocalyptique à la guitare désaccordée.
Mais aussi une messe laïque, une repentance collective, un pamphlet idéologique déguisé en tripes et en chagrin.

On applaudit la technique.
On s’incline devant l’audace.
Mais on soustrait un point.
Pour la leçon.
Pour la posture.
Pour cette impression que chaque zombie tué doit être précédé d’une excuse, et chaque baiser lesbien accompagné d’une subvention culturelle.

Go woke, lose one point.

Mais malgré tout, il faut y aller.
Jouer.
Souffrir.
Pleurer.

Car The Last of Us Part II est une expérience.
Et certaines expériences valent tous les sermons du monde.

“If somehow the Lord gave me a second chance at that moment, I would do it all over again.”

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