International Track & Field 2 – ITF2 = ITT2 semaines d’arrêt
« On your marks ! »
I. De la Torture Cathodique et des Dieux du Stade
Il est des jeux qui ne flattent pas votre intellect, qui se contrefoutent de votre capacité à résoudre des énigmes ou à déjouer des complots géopolitiques. Non, il est des jeux dont l'unique et sadique vocation est de transformer vos phalanges en un champ de ruines. International Track & Field 2 est de cette trempe. C’est l’enfer absolu des manettes PlayStation, l'arène impitoyable des sportifs de salon aux doigts musculeux et au poignet douloureusement entraîné par de longues soirées de solitude.
Ce simulateur de sueur synthétique nous propose un cocktail athlétique composé de douze misérables disciplines. Un chiffre chétif, certes, mais amplement suffisant pour vous expédier aux urgences traumatologiques : 100 mètres, saut en longueur, saut à la perche, lancer de javelot et de marteau, haltérophilie, plongeon, cyclisme sur piste (kilomètre lancé et sprint), cheval d'arçon, 50 mètres nage libre et, pour couronner ce florilège de la souffrance, le canoë. Douze stations pour un chemin de croix articulaire.
II. Du Martèlement Primitif et du Fétichisme de l'Angle
Commençons par le commencement : la course. Si vous espériez une gestion subtile de la respiration ou une gestion de l'acide lactique, vous pouvez vous brosser l'entrejambe avec une brosse à chiottes. Les épreuves de course exigent de bourriner les touches Carré et Rond avec la frénésie d'un bonobo sous amphétamines découvrant la masturbation, pour finalement écraser la touche Croix ou Triangle au moment du « finish ». Mention spéciale au 50 mètres nage libre, qui n'est finalement rien d'autre qu'un 100 mètres transposé sur l'eau !
Les épreuves de saut introduisent une variable métaphysique : la balistique. Après avoir tabassé les boutons pour la course d'élan, votre salut réside dans la maîtrise de l'angle. Il faut relâcher la touche Triangle au millimètre près, guidé par une jauge en degrés. Relâchez trop tard, et votre athlète s'écrase comme une merde dans le bac à sable ; relâchez trop tôt, et il s'envole avec la grâce d'un parpaing. Le saut à la perche, vicieux par nature, exige un timing encore plus retors qui vous fera hurler à la mort.
III. Du Doigté Subtil et du QTE de l'Enfer
L'ironie mordante de cette galette, c'est que les disciplines les plus complexes ne sont pas celles qui demandent la force brute d'un bûcheron, mais bien celles qui exigent du… doigté. Eh oui, mes bons seigneurs, il faut savoir caresser le pad !
Le cheval d'arçon, véritable ancêtre séditieux du jeu de rythme, consiste en une série de QTE (Quick Time Events) à enchaîner avec un timing d'horloger suisse dans un délai imparti. Le canoë, cette purge nautique, vous oblige à appuyer en alternance et en rythme parfait sur Carré et Croix, sous peine de voir votre esquif patauger comme un étron dans une chasse d'eau défectueuse. Quant au plongeon, il requiert une précision chirurgicale avec un petit cercle diabolique pour nous guider lors de la pénétration dans l'eau. Soyons clairs : on n’est pas des poètes dans ce jeu, bordel ! Cette délicatesse imposée jure atrocement avec la bestialité du reste de l'œuvre.
IV. Du Lavement Prostatique à 180 Kg et du Peloton Cycliste
Les véritables supplices, les instruments de l'Inquisition pour votre pauvre manette, restent incontestablement l'haltérophilie et le kilomètre lancé. Soulever cette barre, c'est l'angoisse charnelle : on a réellement l'impression physique de soulever 180 kilos de fonte du bout de nos pouces meurtris, les veines du front prêtes à exploser. Quant au kilomètre lancé en cyclisme, c'est une agonie interminable, une crampe continue qui vous remonte jusqu'au coude. Fort heureusement, le sprint sur piste se veut un tantinet plus stratégique, exigeant un effort d'une violence inouïe, mais bien plus contenu sur la durée.
Ne cherchez point ici de véritables athlètes modélisés. Le jeu s'assoit allègrement sur les licences officielles (Carl Lewis et Marie-José Pérec peuvent dormir sur leurs deux oreilles) et se contente de nous jeter 12 pays génériques en pâture. C'est peu, mais pour un titre où l'on passe son temps à regarder une jauge plutôt que la tête du sportif, c'est d'une importance absolument caduque.
V. De l'Arthrose Salvatrice et du Cocorico Fantasmé
La durée de vie du bousin est, par essence, rachitique. Une fois que vous aurez maîtrisé ces 12 mécaniques de gameplay (qui ont de toute façon la fâcheuse manie de se ressembler par catégories), le néant vous tend les bras. D'autant que le titre ne propose que deux misérables modes de jeu : un mode Arcade (qui fait timidement office d'entraînement glorifié) et un mode Challenge où les épreuves s'enchaînent comme à l'usine. Mais soyons philosophes : cette brièveté n'est pas un mal, elle évite tout simplement aux joueurs une arthrose précoce et une greffe des métacarpiens avant la trentaine !
Saluons tout de même, la larme à l'œil, les efforts louables des développeurs sur les animations des athlètes. La 3D faisait sacrément bien le "café" pour l'époque, flatteuse pour la rétine et fluide dans l'effort.
Mais la véritable magie d'International Track & Field 2, son argument de vente le plus poétique, c'était l'occasion inespérée de voir des athlètes français battre enfin des records du monde et rafler des médailles d'or ! Une utopie absolue, une uchronie que seul le jeu vidéo pouvait nous offrir. Du moins, jusqu'à ce que l'implacable réalité ne reprenne ses droits, et qu'ils se fassent allègrement humilier, s'étalant dans la fange de la piste, tout simplement parce que nos pouces tétanisés finissaient invariablement par lâcher !
Verdict : 6/10
Un destructeur de manettes et broyeur de phalanges d'une redoutable efficacité. C'est court, c'est bestial, ça ne fait pas dans la dentelle, mais le sadisme articulaire qu'il procure possède ce petit goût de reviens-y typique des bornes d'arcade des années 90.
« Foul ! »

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