Test Batman The Telltale Series

Batman : The Telltale Series – Papa est un enculé : l’origin story

"My father, Thomas Wayne, was a criminal."


I. Quand les fondations pourrissent : un héritage en forme de gifle

Oubliez les perles de Martha tombant au ralenti dans une ruelle gothique sponsorisée par Hans Zimmer. Ici, papa Wayne n’est pas un bienfaiteur tragique, mais un collabo mafieux, un psychiatre de la terreur, un promoteur immobilier d’asile psychiatrique, bref, une ordure en costume trois pièces. Il ne construisait pas un avenir pour Gotham, il bâtissait une prison pour ses opposants.

Et Bruce, lui, découvre que son arbre généalogique est en réalité un chou-fleur muté, planté dans une fosse septique. On pensait incarner le justicier ; on joue le fils d’un salaud. L’identité devient une fracture, une énigme. Le masque de Batman ne cache plus une blessure, mais un puits sans fond.


II. Bruce ou Batman : le dilemme des deux bites

Telltale reprend sa vieille recette — choix binaires, QTE fébriles, dialogues aux conséquences molles — mais pimente la soupe avec une vraie bonne idée : choisir qui vous incarne. Pas "quoi faire", mais "qui être". Frapper en Bruce Wayne ou cogner en Batman. Le sourire ou le gantelet. La diplomatie ou le menton carré.

Ce gimmick, aussi simple que jouissif, transforme l'expérience. Et Gotham devient un théâtre où chaque visage est un mensonge, chaque costume un manifeste. On improvise entre enquêteurs, bourreaux et nobles décadents, dans une ville où la justice est un fantasme sado-maso et où chaque ruelle suinte la démence.


III. Ménagerie dépressive : les figures de la chute

La galerie est royale. Abîmée, décadente, excitante comme une partouze en maison de retraite.

  • Harvey Dent, ange en costard, promesse d’un Gotham propre… jusqu’à ce que le destin (ou vous) lui refasse la tronche façon peinture cubiste. Double Face ou simple connard schizophrène, c’est à vous de jouer, mais dans tous les cas il finit plus instable qu’un trader en pleine crise boursière.

  • Selina Kyle, la chatte de Schrödinger. Tantôt amante, tantôt voleuse, toujours borderline, elle offre la seule scène de sexe du jeu. Et comme dirait Bruce : "Pourquoi coucher dans un lit quand on peut jouir sur les toits ?"

  • Oswald Cobblepot, relooké en sociopathe grunge, plus punk que Pingouin, moins crédible qu’un vendeur de NFT. Il grogne, il trahit, il cite des discours de Marx la bave aux lèvres.

  • Alfred, pilier de moralité, vieux majordome adorable, prêt à perdre un œil pour votre rédemption. Un père de substitution qui nettoie le vomi, les regrets et les costumes.

  • James Gordon, encore flic de terrain, pas encore commissaire, mais déjà moustachu comme un western moral. Il fume la vérité dans des cigarettes fines.

  • Lady Arkham, antagoniste principale, héritière d’un traumatisme vendu à la tonne. Elle incarne la revanche des oubliés, la démence stylisée. Une boss finale qui veut plus qu’une baston : elle veut réécrire l’histoire avec des cadavres comme ponctuation.

  • Et le Joker, pas encore nommé, mais déjà magnétique. Patient d’Arkham, rictus en gestation, qui vous tend une main pleine de pilules et d’avenir instable. Il sème une graine. Vous sentez qu’elle va germer salement.

Capture d'écran Batman Telltale Series scène de sexe entre Bruce Wayne et Catwoman



IV. Gotham, ville fœtale et toxique

Chaque lieu est un organe malade dans le corps gangrené de la ville. Le commissariat est un aquarium de tensions ; le manoir Wayne, un mausolée familial ; les ruelles, des anus pavés de violence. Et Arkham Asylum, mon Dieu, Arkham... Un hospice pour esprits fracturés, un labyrinthe de cris étouffés où Bruce sera interné, drogué, giflé par sa propre lucidité.

Là, Telltale ose. Il retire le contrôle au joueur. Vous devenez un pion, un cobaye, un putain de héros impuissant. C’est brillant. Cruel. Dérangeant. Une psychanalyse par la matraque.


V. Résurrection graphique et orgasme narratif

Techniquement, Telltale muscle (enfin) son moteur. Plus fluide, plus beau, avec des jeux d’ombres qui n’ont pas l’air d’avoir été dessinés à la craie sur Paint. Les ralentissements restent, mais on les pardonne — comme on pardonne à une actrice porno de bégayer ses répliques. Le cœur est ailleurs : dans le fond, pas la forme.

Et ce fond, il est solide. Un Batman introspectif, nu, qui interroge la filiation, le pardon, l’identité. Pas un récit de justicier : un récit de fils. Pas un jeu sur les super-héros : un jeu sur le trauma, le déguisement, l’odeur de sang sous la cape.


Verdict : 8/10

Entre mythe et trahison, un Gotham crasseux comme un urinoir de métro, et un Bruce Wayne qui dégringole de son piédestal à coups de vérités aussi sales qu’une sextape politique en 144p. Un Batman psychanalytique, rugueux, magnifique. Telltale s’émancipe, casse le jouet pour mieux y trouver des lames. On en sort un peu triste, un peu excité, un peu sale. Bref, comme après une bonne nuit dans Gotham.

"Believe me, Alfred... some grudges don't fade with time."

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