Test Phoenix Wright Ace Attorney Trials and Tribulations

Phoenix Wright : Ace Attorney – Trials and Tribulations – En attendant Godot…

"L'important, c'est de déterminer la vérité... Vous n'êtes pas d'accord ?"


I. Le Dernier Jugement : Variations pour sprite et gémissements procéduraux

Troisième mouvement d’une sonate judiciaire entamée dans les années 2000, Trials and Tribulations s’ouvre sur une odeur familière : celle d’un moteur de jeu non renouvelé, d’un gameplay fossilisé, d’un tribunal recyclé plus de fois que la culotte de Franziska. Mais ne vous y trompez pas : derrière le rideau de la redite se cache une tragédie millimétrée, une mécanique de précision, un roman-feuilleton d’anthologie brodé au sang des innocents et aux larmes de procureurs.

C’est le dernier épisode de la trilogie. L’épisode de la synthèse, de l’absolution, de la déchirure finale. Chaque affaire est une corde de plus sur le luth maudit qu’est cette série, et quand le rideau tombe, on se rend compte que tout, depuis l’imbécillité de Paul Defès jusqu’aux seins de Mia Fey, obéissait à une logique supérieure.


II. Mia, Hunter, et la jeunesse de nos rides

L’une des premières révélations de ce chapitre : on ne joue pas que Phoenix. On joue aussi Mia Fey. Avant la mort. Avant le tailleur rose. Avant l’assassinat en caméra fixe par un homme déguisé en horloge. On la retrouve vibrante, arrogante, pleine de cette vie qu’elle n’aura bientôt plus, balançant des Objection aussi tranchants que ses talons.

Face à elle, un Hunter adolescent, déjà glacé comme une serviette d’hôtel mais pas encore devenu cette statue de chair figée dans le doute et la gomina.

L’ironie ? Phoenix devient secondaire. Et c’est très bien. Car c’est Mia qui a forgé l’arme, c’est elle qui a vu naître les mensonges et la peur, c’est elle qui a ouvert la première porte de l’enfer juridique où tout le monde finira cramé, ruiné ou bisexuel.


III. Dahlia / Iris : Le fantasme et son cancer

Deux sœurs, une voix, deux corps à faire pleurer les testicules du Dalaï Lama. Dahlia Plantule, fleur fatale, rousseur serpentine, yeux d’arsenic. Elle ment comme d’autres respirent. Non, pire : elle ment comme d’autres jouissent. Chaque mot est un poignard. Chaque sourire est un baiser au cyanure. C’est la Yoko Ono du crime organisé.

Et face à elle, Iris. Même visage. Même timbre. Mais une bonté qui transpire comme le jus d’une poire trop mûre. On veut lui faire l’amour à l’ombre d’un stupa tibétain. On veut la sauver, la caresser, l’envelopper dans du velours et lui lire les poèmes de Saint-John Perse en mangeant des mochis.

L’une est l’Enfer. L’autre, le fantasme d’un Paradis jamais foutu de survivre à un procès.

Capture d'écran Phoenix Wright Trials and Tribulations l'interrogatoire d'Iris



IV. La Caste des Cas Sociaux : Pearl, Dick et l’imbécilité comme patrimoine génétique

Pearl est toujours là, poupée shinto d’1m10, incarnation de l’innocence perverse. Elle croit que Phoenix veut épouser Maya. Elle croit que les morts nous protègent. Elle croit à l’amour. Cette petite est foutue.

Paul Defès, lui, revient pour balayer ce qu’il reste de foi en l’espèce humaine. Il rate tout, comprend rien, et est probablement le sosie oublié de Jean Lassalle. Quant à Dick Tektiv, le seul flic plus con que son prénom, il traîne ses godasses dans les affaires les plus sordides avec la grâce d’un pingouin bourré.

Et Maya ? Maya est toujours Maya : un appel au hentai en costume d’héroïne. Bouffeuse de burgers, aimant les samouraïs et les morts, avec le QI d’une cuillère à soupe… mais attachante, comme une MST avec des paillettes.


V. Godot : Le Spectre au Masque et au Café Saignant

Godot n’est pas un homme. C’est une icône. Une idée. Un spectre revenu hanter le prétoire avec un masque de VR troqué chez un cyberpunk ivre. Il boit du café. Il sue du café. Il parle comme s’il sortait d’une anthologie de haïkus mâchés par Bukowski.

Godot n’est pas un procureur : c’est un survivant. D’une histoire d’amour, d’un empoisonnement, d’une vie ratée. Il hait Phoenix pour ce qu’il représente : l’espoir. Le pardon. L’oubli.

Chaque objection de Godot est une gifle portée par un bras de regrets. Il n’a pas besoin de crier. Il murmure, et l’univers frissonne. Il est la douleur en tailleur. L’homme-café. Le robot-poète. Et sans lui, cet épisode n’aurait pas d’âme.


VI. Temple, Café, Campus : La Sainte Trinité des Lieux Inoubliables

Le tribunal, comme toujours, ressemble à un hammam d’injustice. Mais ailleurs…

Hazakura Temple : monastère givré, théâtre de la rédemption. Lieu d’illusions, de crimes, de prières, et de fantasmes en kimono.

Université Ivy : on y découvre Phoenix jeune, con comme un placard, en simparchitecte amoureux de Dahlia, buvant du jus de raisin comme un aspirant Télétubbies. Tout le monde a été un imbécile à 19 ans. Mais lui, c’est presque criminel.

Et bien sûr, le café. QG spectral de Godot. Chaque gorgée y est un serment. Chaque latte, une déclaration de guerre. Un duel philosophique s’y joue à chaque tasse renversée.


VII. Gameplay : Pourquoi changer un plan à trois qui fonctionne ?

On cherche. On interroge. On présente la preuve comme un pénis au tribunal : fièrement, brutalement, au bon moment. On défonce des verrous mentaux avec le Magatama comme des psychanalystes sous amphét’. Rien n’a changé. Et rien ne doit changer.

Le gameplay, c’est du formol vidéoludique. Mais du formol de qualité, qui conserve parfaitement les organes sensibles : émotion, tension, jouissance intellectuelle. Trials and Tribulations, c’est comme coucher avec une ex parfaite : on connaît les gestes, les positions, mais le plaisir est intact. Mieux : il est plus profond.


VIII. Tout est lié, tout est cuit

Chaque affaire, chaque nom, chaque larme versée dans les épisodes précédents trouve ici sa résolution. C’est un opéra judiciaire. Une tragédie grecque en pixel art. Une boucle qui se ferme dans un éclat de gémissements et d’aphorismes caféinés.

Ce jeu est difficilement trouvable en Europe. C’est normal. Les Européens ne méritaient pas cette fin. Trop occupés à acheter des Imagine Babies ou des Professeur Layton à moustache. Il fallait le traquer, ce jeu. Le payer une fortune. Le dénicher dans un bac moisi d’import japonais. Et même là, il valait plus que n’importe quel Mario Tennis à venir.


Verdict : 8.5/10

Un récit total. Une messe noire. Un adieu magistral à la trilogie du barreau. Trials and Tribulations, c’est la preuve que la justice, même en jpeg, peut encore faire mal, jouir, et laisser une trace.

"J'ai déjà consommé ma 17ème tasse de café."

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