Adidas Power Soccer – CantoTsubasAdidas ’96
« Dans les bras ! Des fois j’aimerais bien être le ballon ! »
I. De l’Érection Cathodique et de la Fierté Gauloise
Et si nous délaissions un instant les quêtes épiques, les Point & Click dépressifs et les mondes ouverts pour tâter un peu de la gonfle, histoire de changer ? Eh oui, avant de devenir ce critique aigri et perclus de rhumatismes, le jeune éphèbe que j'étais, du haut de ses 10-11 ans, vouait un culte absolu à la chose footballistique (une passion qui s'est aujourd'hui quelque peu flétrie, à l'image de mes illusions de jeunesse). Remettons l'église au centre du village : je viens tout juste de déballer ma PlayStation. Dans l'intimité de ma chambre, branchée sur un moniteur cathodique de 32 centimètres qui me grille allègrement les cornées, je m'apprête à dépuceler ma console avec mon tout premier jeu de foot officiel de salon.
Il s'agit d'Adidas Power Soccer, développé par les petits Frenchies de chez Psygnosis. Cocorico, bordel ! L'enchantement des premières minutes fut total, rapidement balayé par une désillusion cynique, pour finalement se muer en des jours et des jours de vice chronophage. C’était une authentique révolution graphique pour l'époque : l'avènement de la 3D, le choix de la météo, la dualité entre simulation et arcade, et même la possibilité de régler le curseur de l'arbitre, allant de la cécité pathologique à la sévérité maximale d'un kapo de goulag.
II. De la Contrefaçon Patronymique et du Mensonge Simulateur
Côté licences, ne vous attendez pas à un miracle : le jeu n'en possède aucune. Nous sommes dans l'ère de la contrefaçon assumée, où les fautes d'orthographe pullulent. Mais notre cerveau reptilien compense, et l'on reconnaît sans peine ce bon vieux Ryan "Gliggs" virevoltant sur son aile.
Le titre nous offre d'emblée un choix cornélien : "Simulation" ou "Arcade". Un mensonge éhonté, une vaste fumisterie ! Le mode simulation n'en porte que le nom ; il se contente de brider vos ardeurs en vous imposant des tacles vaguement réglementaires et des frappes d'un académisme confondant. Le jeu transpire l'arcade par tous ses pores, alors autant embrasser la folie et basculer du côté obscur.
III. De la Savate Cantonesque et du Fétichisme de la Pompe
En mode Arcade, le football se mue en un pugilat constant. On y distribue de délicieux "tacles à la Cantona", s'envolant les deux pieds en avant dans le poitrail du premier supporter de Crystal Palace venu. Mais le point d'orgue de la jouissance, le climax absolu de ce mode, c'est le fameux "Predator Kick". À chaque but marqué de la sorte, une immense basket Adidas s'affiche à l'écran, tel un placement de produit d'une vulgarité sublime.
Les frappes défient l'entendement et lorgnent furieusement vers Captain Tsubasa : tirs du tigre fumants, feuilles mortes défiant la gravité, et retournés acrobatiques déclenchés depuis la ligne médiane. Si le gardien adverse a l'outrecuidance de se trouver sur la trajectoire du missile, il est impitoyablement emporté au fond de ses propres filets, tel un vulgaire Yuzo Morisaki pulvérisé par un tir de Kojiro Hyuga. Autant le dire tout de suite, ce mode est le plus amusant. Le jeu étant purement arcade dans son ADN, autant jouer cette carte du sadisme à fond !
IV. De la Misogynie de Salon et du Disque Rayé
L'ambiance sonore épouse cette folie furieuse. Les commentaires qui accompagnent les actions sont volontairement surjoués, nanardesques au possible, instaurant un ton léger, décalé et profondément humoristique. Hélas, l'illusion tourne court : au bout de trois misérables matchs, le lexique est épuisé et les répliques se répètent comme un disque rayé.
Mais c'était sans compter sur une petite manipulation secrète planquée dans les options, permettant de débloquer des commentaires… féminins. Mes aïeux, nous touchons ici à une relique d'un autre temps ! Ces commentaires s'évertuent à démontrer l'incompétence crasse et la superficialité absolue des donzelles en matière de ballon rond. De nos jours, face à l'Inquisition des réseaux sociaux, les développeurs finiraient menottés et jetés en prison pour une telle audace misogyne. Mais à l'époque, c'était drôle, assumé et parfaitement volontaire, bien que tout aussi répétitif à la longue.
V. Du Script Binaire et du Naufrage Statistique
Une fois la bête domptée, Adidas Power Soccer révèle ses effroyables limites scriptées. Dès que vous avez identifié les sacro-saintes "zones de tir adéquates", les gardiens deviennent de simples pantins impuissants. Les frappes "Predator" et autres retournés du milieu de terrain (voire du bord de la touche) pleuvent, et les 7-0 tombent comme à Gravelotte ! Les portiers sont de vulgaires algorithmes programmés pour bloquer, repousser ou plonger lamentablement dans le vide en fonction de la coordonnée d'arrivée du ballon.
Le contenu, époque oblige, est plus famélique que le régime d'un top-model anorexique. Des matchs amicaux, un tournoi, et un championnat confiné à une seule pauvre saison. Pas de transferts possibles. Le choix des clubs se limite au strict minimum syndical (France, Allemagne, Angleterre) et l'on pleure l'absence cruelle d'équipes nationales. Pire encore, l'OM brille par son absence en mode championnat, purgeant sa peine en Division 2 (snif, merci Nanard Tapie !).
Bien sûr, les effectifs sont calqués sur la saison 1995-1996, mais les statistiques des joueurs ne sont que poudre aux yeux. Que vous contrôliez une muraille infranchissable comme Peter Schmeichel, un buteur de génie de la trempe d'Ian Wright ou un illustre boucher du Havre, la maniabilité et les "skills" sont rigoureusement identiques. Le nivellement par le bas dans toute sa splendeur.
Verdict : 5.5/10
En résumé, Adidas Power Soccer est un jeu de foot bien évidemment désuet, mais qui conservait un charme fou à son époque grâce à ses qualités graphiques, son humour potache, son arcade poussée à outrance et ses gardiens scriptés (mais paradoxalement pas ridicules pour autant). Sa physique de balle assurait le strict minimum syndical (et honnêtement, c’est toujours infiniment mieux que les scripts d'un vulgaire FIFA moderne !). C'est un jeu qui est à l'image de ses commentaires (masculins ou féminins) : décalé, drôle, mais désespérément répétitif et dramatiquement plombé par un contenu famélique. Bref, un pur jeu de foot d'arcade de 1996 !
« Ben pourquoi il lui donne un post-it ? »

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