Les Chevaliers de Baphomet 5 : La Malédiction du Serpent – ou comment tuer à coups de lavande un parfum de nostalgie
« Paris au printemps, un parfum de fleurs emporté par la douce brise : il y avait de l’amour dans l’air. On voyait la vie en rose. J’avais revu Nico par hasard à une expo. La journée touchait à sa fin. J’allais proposer d’aller dîner, quand le destin s’en est mêlé, déguisé en livreur de pizzas… avec un flingue. »
I. Renaissance en 2D : ou le Christ est une chèvre qui bêle en haute définition
Tout commence par un clic.
Un clic messianique, sur la plateforme Kickstarter. Une offrande numérique, tendue comme une hostie moite à Charles Cecil et sa messe de fond d’écran interactif. Ô vous, enfants des années 90, vous avez cru comme moi. Que le retour de la 2D était plus qu’un caprice esthétique : une régénération spirituelle. Une résurrection ludique.
Et j’ai donné. Comme un pèlerin lâche une piécette à Lourdes, j’ai glissé mes euros dans la fontaine des souvenirs.
Je suis dans le générique final.
Je suis immortel.
J’existe.
Ma vanité est éternelle.
Et surtout : une chèvre revient, clope au bec, regard torve, l'air de dire « vous pensiez m’avoir oubliée ? ».
II. Le McGuffin de Dieu : La Tabula Veritas ou la planche Ouija du bon goût
Encore un tableau. Encore un mort. Encore une conspiration qui fleure la soutane et les vieux grimoires.
La Tabula Veritas : une relique qui ressemble à un dessous de plat médiéval mais qui promet — attention — la vérité absolue. On imagine immédiatement Dan Brown jouant avec dans son bain, entre deux fantasmes humides de cryptographie papale.
George Stobbart, toujours flanqué de Nico, se retrouve encore une fois dans les catacombes de la chrétienté dévoyée. Et ça court. Et ça court. Entre assassins masqués, moniales suspectes, et retraités cryptocomplotistes.
Mais le miracle, c’est que les copains sont là.
Laine, toujours aussi obèse. L’inspecteur Moue, désormais dirigé par un supérieur dont le QI pourrait servir de code d’entrée pour un grille-pain. Lady Piermont, toujours plus chargée en Chanel nécrophile. Et bien sûr, la chèvre. Toujours prête à bloquer un passage, comme un traumatisme rural figé dans le pixel.
III. Bucolisme, botox et blinis impériaux
Fini la grisaille du quatrième épisode, ses corridors d’aéroport et ses visages en cire molle. Ici, l’Europe retrouve ses couleurs de carte postale.
On explore.
Londres. L’Espagne. Une ferme. Une montagne. Des ruines antiques où le soleil saigne sur les pierres comme un yaourt aux fraises sur un dallage sacré.
Au rayon antagoniste : un Poutine en 2D, caricature de dictateur soviétique qui semble tout droit sorti d’une mauvaise blague d’un dîner de cons géopolitique. Il sent le pétrole frelaté, la vodka freudienne, et l’échec de casting.
On l’aime bien, quand même. Comme on aime un vilain dans un James Bond fauché. Il est là pour qu’on se sente intelligents, nous, les porteurs de clics justes.
Et puis, le méchant.
Richard Langham.
Pas un méchant classique. Pas un dictateur. Pas un tyran barbu. Non : un homme à gants. Un homme de l’ombre, aussi discret qu’un pet dans un ascenseur… mais qui pue longtemps après.
Il débarque, brushing glacé et regard méprisant, et l’on comprend immédiatement : c’est lui.
Il est aussi subtil qu’un pénis turgescent sur une fresque baroque.
Il n’a pas besoin de hurler « C’EST MOI, LE MÉCHANT ». Il le transpire. Il l’exsude. Il le suinte par tous les pores de son costume hors de prix. Il est le genre de type qui refuse de dire « bonjour » aux femmes de ménage et qui pense que le latin devrait redevenir obligatoire dans les banlieues.
Langham, c’est l’élégance fascistoïde d’un larbin qui rêve de bottes sans jamais en porter lui-même. C’est le sourire d’un banquier qui vous vend un prêt toxique pendant qu’il se caresse avec un crucifix.
Un méchant parfait. Car il ne veut pas dominer le monde : il veut simplement qu’on l’appelle Monsieur.
IV. Puzzle lubrifié, danse nécrophile et humour bénitier
Ah, les énigmes.
Elles sont là. Présentes. Fonctionnelles. Comme un vibromasseur de série B dans un film d’auteur polonais. Ça clique, ça bouge, ça assemble, ça glisse. Mais rarement ça pique.
Un seul éclat : ce moment d’anthologie où George, tel un Patrick Swayze en phase terminale, se grime en macchabée pour chalouper avec la veuve saoule du défunt. Une scène qui devrait être étudiée en Sorbonne. Là, oui. L’absurde tutoie le sublime.
Mais le reste… manque de cette cruauté douce qui faisait la saveur des anciens opus. Le sentiment d’être possédé par un puzzle infernal, de suer du cerveau comme un moine copiste en plein trip de psilocybine.
V. Deux parties pour un seul orgasme
Découpé en deux épisodes.
Pourquoi ? Pour singer Telltale ? Pour vendre deux fois le même coït narratif ?
Mauvaise idée.
Le rythme s’étiole, la tension se dissipe. On fait une pause, on oublie. On revient sans érection. La magie s’effiloche, comme un string trop lavé. L’épopée devient feuilleton. Et ce jeu n’est pas un feuilleton. C’est une procession, une fresque, un vitrail en mouvement.
Séparer Baphomet 5, c’est comme découper un tableau de Bosch pour en faire des sets de table.
VI. Le serpent, la chèvre et la tiédeur
Alors oui.
Ce cinquième opus est mille fois meilleur que le quatrième, ce crime polygonal contre l’humanité. On retrouve le style, la verve, le charme.
Mais voilà : il manque quelque chose. Un souffle. Une fièvre. Un truc sale et beau, comme un graffiti mystique sur un mur de cloître.
Même Le Manuscrit de Voynich, pourtant plombé par sa 3D pâteuse et ses caisses à empiler, avait un petit truc : une ambition bordélique, une envie de mal faire bien.
Ici, c’est trop propre. Trop bien peigné. Comme un élève modèle qui rend une rédaction impeccable mais sans fautes de goût, sans éclat, sans foutre.
Mais bon sang, on retrouve George. On retrouve Nico. On retrouve la chèvre.
Et surtout… je suis dans le générique.
Verdict : 7.5/10
Une belle madeleine. Un hommage en pixels à une époque disparue. Un Point & Click qui caresse la nostalgie comme un oncle tactile le ferait sur un coussin déhoussable. On aime, on sourit, on clique. Et puis on referme, un peu triste.
Mais toujours, toujours, avec cette odeur de lavande.
« C’est ce jour-là que mes cauchemars avaient commencé. J’étais pris au piège. Étouffé. Asphyxié par la lavande. »

Commentaires
Enregistrer un commentaire