Test Brütal Legend

Brütal Legend – La beuverie vidéoludique où Jack Black te frappe le cul avec une guitare en plastique

“The day has finally come for us to serve our master.”


I. Le vomi du Graal, ou l’épopée des guitares-lames

Brütal Legend est un jeu qui suinte la testostérone périmée et les rêves humides d’un ado des années 80 enfermé dans une boîte à rythmes. Il hurle à la lune des riffs imaginaires, s’asperge de bière tiède, grimpe sur les montagnes du kitsch avec un cœur énorme… et des bottes trouées. Il est tout ce qu’un jeu vidéo ne devrait pas être : incohérent, frustrant, mal équilibré, débile — et pourtant, il est là, debout sur son ampli, torse poilu offert aux cieux, solo hurlant, majeur bien dressé.

Tim Schafer, alchimiste du grotesque numérique, y convie Jack Black, homme-canon de la comédie scatologique – acteur insupportable ou génial, selon la direction du vent et ton niveau de tolérance au gras, dans un rôle taillé pour son larynx et ses bourrelets. Ensemble, ils conçoivent une épopée heavy qui suce à la fois les mamelons de Spinal Tap et les testicules de Warhammer 40k. C’est con, c’est beau, c’est con.


II. Eddie Riggs ou le Christ des Backstages

Eddie Riggs n’est pas un héros. C’est un roadie, un technicien, un gars qu’on oublie. Un type qui ajuste les micros et vérifie que les stroboscopes ne filent pas de crises d’épilepsie au public. Mais voilà que le ciel s’ouvre, qu’un démon le happe, et qu’il se réveille dans un monde parallèle où chaque montagne est un ampli Marshall et chaque cascade vomit du feu.

Eddie porte donc le jeu sur ses larges épaules, tout en balançant des vannes sur les groupies et les démons avec la grâce d’un sumo sur rollers. Il est ridicule, mais il est sincère. Et dans cet univers où tout est faux, c’est peut-être lui le seul personnage vrai.

À ses côtés :
Ophelia, gothique de service, mi-sirène, mi-cliché.
Lars, sosie blond de Ken, chef de la révolution capillaire.
Lita, militante armée pour les droits des femmes à porter du latex en temps de guerre.
Doviculus, seigneur démoniaque doublé par Tim Curry, tout en latex moite et en voix de gorge lubrifiée.
Lionwhyte, fusion interdite entre David Bowie et un vibromasseur en diamant, perché au plafond avec la grâce d’un pet sous hélium.

Le casting est une orgie de caricatures. Une fête foraine du mauvais goût. Une fanfiction écrite sous amphétamines et corrigée par Ozzy Osbourne lui-même (qui, d’ailleurs, campe ici un marchand d’upgrades déglingué — en gros, son propre rôle). On retrouve également Lemmy Kilmister en soigneur motard avec une basse magique, Rob Halford en exécuteur sadomasochiste… Des caméos plus sacrés que leurs dialogues.

Capture d'écran Brütal Legend Jack Black modélisé en Eddie Riggs



III. Un monde ouvert comme une boîte de raviolis tiède

Brütal Legend propose un open-world. Enfin… un open-world comme un cimetière de mammouths peints à la bombe. De vastes plaines mortes, traversées par ta Deuce, un hot-rod qui rugit comme un moteur fatigué. On y explore des biomes en toc, entre marécages gothiques, montagnes de crânes et temples aux allures de sextoys géants. Les textures sont flasques, les effets de lumière ont été dessinés sur Paint, et chaque falaise ressemble à une mâchoire de pitbull fondue au micro-ondes.

Mais bon. Y’a des geysers de feu. Y’a des dragons mécaniques. Y’a des statues qui t’offrent des solos de guitare. Y’a surtout des clins d’œil toutes les trois minutes : une pochette détournée, un riff emprunté, un hommage suintant. Le jeu est un musée du heavy metal tenu par un concierge bourré. C’est laid, mais c’est plein d’amour.


IV. Du beat’em all au STR… la chute libre

Au début, tout va bien : Eddie décapite des monstres avec sa hache et électrocute des hordes de larves au son de sa guitare. On fonce dans le tas, on fait du combo, on crame tout, on s’amuse — comme un enfant qui découvre que le feu, ça brûle. Les combats sont mous mais généreux. Les animations ont du retard, mais du cœur. On pardonne.

Et puis… l’impardonnable.
Brütal Legend se transforme.
Il enlève son pantalon.
Il devient… un STR.

Un STR au pad. En temps réel. Avec des ressources à capturer, des unités à produire, des vagues à lancer, des stratégies à deviner au doigt mouillé. Tu voles au-dessus de la mêlée comme un pet cosmique, tu balances des sorts, tu tentes de comprendre. Tu échoues. Tu souffres. Tu pries. Chaque mission devient un supplice. Chaque victoire, une erreur de calcul.

C’est le viol numérique d’Age of Empires par Rock Band, un concept qui aurait dû rester sur un post-it arraché dans les toilettes de Double Fine. Rien ne marche. La caméra est une gifle. L’ergonomie, une légende urbaine. Et pourtant, tu continues. Par masochisme. Par amour. Ou parce que t’as payé 30 balles.


V. Le chant du cygne à la voix cassée

Brütal Legend, c’est sept heures de chaos organisé, de poésie à poil dur, de blagues graveleuses lancées comme des confettis sur le cercueil du bon goût. Un jeu qui tente tout, rate presque tout, mais le fait avec une telle énergie qu’on lui serre la main quand même, en pleurant un peu.

C’est un foutoir magnifique.
Un hommage aux rockeurs morts.
Un cauchemar de développeur.
Une lettre d’amour en forme de doigt dans le cul.

Brütal Legend n’est pas un bon jeu.
Mais c’est un jeu inoubliable.


Verdict : 7/10

Pour sa gueule.
Pour son âme.
Et pour Lemmy, bordel.

Oh, shit, the Metal Gods are still using hydrogen !”

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