Broken Sword 2.5 : The Return of the Templars – Moitié Schleu, Moitié Amateur, Full Amour en Point & Click
« I hate clowns. »
I. Des caisses en enfer : quand la 3D pousse trop loin
Il est des gestes qui trahissent l’âme. Cligner des yeux devant un coucher de soleil. Embrasser sous la pluie. Et refuser, obstinément, de pousser une foutue caisse dans un temple égyptien en carton-pâte.
C’est ce refus – noble, archaïque, presque christique – qui anima une bande de fans allemands à la nuque raide mais au cœur tendre. Leur mission : désintégrer l’hérésie polygonale de Broken Sword 3, et recoudre avec leurs petits doigts d’amoureux compulsifs la tapisserie 2D de La Légende des Templiers. Car le Point & Click, c’est comme le missionnaire : quand on le fait bien, ça n’a pas besoin d’évoluer.
Ainsi naquit Broken Sword 2.5: The Return of the Templars, jeu gratuit, en anglais et en allemand, avec des sous-titres français et des voix plus crédibles qu’un CDD à France Télécom. Un cri du cœur en pixel-art. Une offrande faite au dieu des aventures cliquables, entre un pot de Nutella vide et un CD gravé de Day of the Tentacle.
II. Des Templiers, des morts-vivants et une meuf lunatique
Le scénario se cale confortablement entre l’épisode 2 et l’épisode 3, comme une capote oubliée entre deux ex.
George Stobbart, toujours aussi WASP, revient à Paris croyant Nico morte. Il la trouve chez elle. Elle l’envoie chier. Elle pourrait avoir intégrer les Néo-Templiers. Oui, ils reviennent, probablement parce qu’ils n’avaient plus de quoi se payer le loyer dans l’au-delà. Et Kahn, le tueur du premier jeu, ressuscite tel un steak périmé retrouvé dans le congélo : un peu douteux, mais techniquement mangeable. Il avait un gilet pare-balles et une poche de sang. Voilà. Circulez.
C’est tiré par les cheveux, mais les cheveux en question sont soyeux, parfumés, et vaguement conspirateurs.
III. La grande revue cabaret de la nostalgie
George Stobbart : Toujours cet humour passif-agressif d’expat américain. Sa voix anglaise amateur est curieusement juste, comme si un fan de Doctor Who avait décidé de se lancer dans la récitation tragique de menus McDo. En allemand, il évoquerait une scène coupée de La Grande Vadrouille, où Bourvil serait agent du Mossad.
Nico Collard : Toujours aussi brune et kidnappable. Son accent français est délicieux, comme une gaufre trempée dans du Jean Reno. Vous l’incarnerez brièvement, le temps de cligner des ovaires.
Duane et Pearl : De retour, plus caricaturaux que jamais. On sent le Texas, la graisse, le patriotisme.
Le réceptionniste précieux, la serveuse alcoolique, la fleuriste parisienne : Des personnages qui parlent comme s’ils récitaient des dialogues de Sacha Guitry sous MDMA. Leur présence est inutile, donc poétique.
Kahn : Tel un méchant de Dallas mixé à un ninja bulgare, revient avec un brushing et des arguments. Plus crédible qu’un patron de bar à chats, mais moins dangereux.
IV. Paris, capitale du clic
Les lieux visités sont autant d’autels dressés à la gloire des épisodes originels. La Rue Jarry sent la sueur de la nostalgie. Le café de la Chandelle Verte n’a pas changé, sauf le menu : aujourd’hui, on y sert des clins d’œil.
Montfaucon reste le quartier où même les pigeons parlent de conspirations. L’hôtel Ubu, toujours aussi queer dans son architecture intérieure, héberge à nouveau des secrets plus ou moins cryptés.
Un musée, un avion, des trottoirs, une cathédrale. Chaque lieu est un retour à l’enfance, sauf que l’enfance a vieilli, s’est tatouée un pentagramme sur le cul, et écoute maintenant du jazz égyptien.
V. L’éloge du clic pur
Pas de 3D. Pas de QTE. Pas de caisses à pousser. Juste vous, votre souris, et l’envie d’en découdre avec des mécanismes simples mais efficaces. On combine des piles avec une lampe torche, on force une serrure avec une épingle à nourrice. On parle. On clique. On sourit.
Les énigmes sont simples, parfois trop. Mais jamais insultantes. Le tout respire la bienveillance d’un oncle un peu saoul qui veut juste vous apprendre à jouer aux échecs.
Les cinématiques en 3D, quant à elles, sont d’une laideur opératique. On y sent le logiciel gratuit, le script approximatif, la caméra possédée. Mais comme les films d’Ed Wood, elles ont ce charme indicible de l’échec sincère.
VI. Un amateurisme de gala
Tout ici est bricolé. On sent les bouts de ficelle, les voix enregistrées dans un placard, les animations sous PowerPoint 2003. Et pourtant… il s’en dégage une tendresse folle. Une fidélité de moine copiste.
Ce n’est pas du talent brut, mais de l’amour fermenté. Et c’est souvent plus touchant qu’un triple A qui coûte autant qu’un rein sur le marché noir.
VII. Rapide mais intense comme une pipe d’adieu
Quatre heures. C’est tout. Mais c’est un concentré. Un shot de nostalgie. Un rail de fan-service. Un coït cérébral entre vous et votre passé vidéoludique. C’est court, mais ça touche.
Comme une première fois à 16 ans derrière un stade municipal : maladroit, un peu honteux, mais inoubliable.
Verdict : 8/10
La passion vaut 10. La réalisation vaut 5. 15 divisé par deux, 7.5. Plus 0.5 de ma propre générosité (oui, je n’en ai pas beaucoup). Voilà. 8. Et vous n’avez pas votre mot à dire.
C’est un jeu-fantôme, une épitaphe jouable, un orgasme nostalgique qui dure moins qu’un épisode de Derrick mais vous laisse plus bouleversé qu’un Noël sans chauffage. Une œuvre gratuite, faite par des fous, pour des fous.
Un miracle. Un ovni. Une déclaration d’amour à la 2D, à Revolution Software, et à tous ceux qui, un jour, ont voulu cliquer sur l’éternité.
« And my name is Less, Homeless. »

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