NHL 97 – Entre JagrMaster et GreatSky, Messier Bourque finit Bure de coups de crosse
« Hi ! I’m John Davidson for EA Sports ! »
I. De la Gratte Turgescente et de l'Hérésie Télévisuelle
Nous sommes en ce frisquet mois d'octobre de l'an de grâce 1996. Je célèbre mon onzième anniversaire, époque charnière où le duvet naissant et les premières érections non sollicitées viennent bouleverser la quiétude enfantine. Comme à l'accoutumée, feue ma très chère et tendre grand-mère maternelle me glisse un petit pécule accompagné d'une pochette de grattage. Et là, stupeur, tremblements et perte des eaux : le ticket Astro Balance révèle un gain faramineux de 700 Francs ! Sept cents balles ! Toute l'assemblée crie à la vaste blague, mais la réalité est là, palpable et enivrante. Pour un merdeux pubère de onze piges en 1996, posséder 700 francs équivalait peu ou prou à trôner sur la fortune d'un émir du Golfe ! Me voilà donc en mesure de m'offrir deux jeux au prix fort. Mouahahaha !
Les esprits chagrins et les esthètes de la manette me jetteront l'opprobre : « Mais par les couilles de Zeus, n'as-tu pas trouvé mieux à t'offrir qu'un misérable jeu de hockey sur glace ? ». Doucement, manants ! Laissez-moi vous exposer ma logique implacable. Primo, ma culture vidéoludique de l'époque n'était pas ce qu'elle est devenue. Secundo, le catalogue européen de la PlayStation première du nom sortait à peine de ses balbutiements, hésitant encore à dégainer ses chefs-d'œuvre. Tertio, il me fallait impérativement un jeu à la longévité gargantuesque, une galette inépuisable pour patienter jusqu'à l'orgie de Noël. Un jeu de sport s'imposait donc comme le choix du roi.
Enfin, j'ai toujours nourri une fascination coupable pour les sports US (baseball, football américain, hockey). Des disciplines exotiques, inaccessibles au prolétaire non abonné au câble payant, et qui, soyons francs, sont d'une purge absolue à regarder à la télévision tant elles sont hachées menu. Elles ne servent finalement de prétexte qu'à la diffusion de gigantesques pages de réclame, confirmant la prophétie cynique de Patrick Le Lay : la télévision n'a pour unique vocation que de vendre du "temps de cerveau humain disponible" à Coca-Cola !
II. Du Sosie Bodybuildé et de la Pédagogie Anglophone
EA Sports oblige, la galette transpire le pognon et l'enrobage luxueux. Licences intégrales, cinématique d'introduction grandiloquente qui vous dresse les poils du torse, menus clairs, intuitifs, colorés et rapides. La messe est dite. L'immersion est parachevée par la présence d'un véritable présentateur officiel en studio : John Davidson. Cet ex-hockeyeur, qui arbore la physionomie d'un sosie de Dupond d'Hergé gavé aux stéroïdes anabolisants, officie en bord de patinoire. Il hurle le nom des gladiateurs, dispense un briefing tactique à chaque tiers-temps et tire la conclusion du massacre selon le déroulé du match. Bien sûr, le bougre radote et ses tirades finissent par tourner en boucle, mais avec notre niveau d'anglais balbutiant de classe de 6ème, on n'y voyait que du feu ! L'ambiance télévisuelle est magistrale.
Précisons qu'il n'y a, bien évidemment, pas la moindre traduction française dans les menus ou les commentaires. Une norme cruelle mais formatrice pour les jeux américains de l'époque. Loin de m'handicaper, cette lacune m'a permis d'étoffer mon vocabulaire anglophone (le manuel en VF venant heureusement sauver les meubles pour les options complexes).
III. Du Stakhanovisme Glacial et de la Sodomie Tactique
Côté contenu, le festin est complet : matchs d'exhibition, séances de tirs au but (shootout), et l'incontournable Saison Régulière suivie des Playoffs. Une saison d'une longueur si indécente qu'elle rendrait jaloux un acteur porno sous Viagra (les puristes noteront la division en quatre zones géographiques, calquée sur l'hégémonie de la NBA). Les statistiques sont scrutées à la loupe, avec le sacro-saint Top 3 des Stars à la fin du temps réglementaire.
La divine surprise, c'est la possibilité de régler les tiers-temps sur 5 minutes. Une durée idéale pour accoucher de scores réalistes sans s'infliger des purges chronophages. Le secret des Dieux ? Paramétrer la difficulté en "All-Star" ET désactiver purement et simplement les changements de lignes en cours de match ! Vos joueurs ne connaîtront plus la fatigue, se transformant en machines de guerre inépuisables, conférant au titre un dynamisme explosif.
Pourquoi cette hérésie d'endurance ? Parce que l'IA gérant les remplacements est d'une stupidité abyssale ! À chaque engagement (faceoff) — et Dieu sait que ce sport en regorge, surtout si vous activez les règles de hors-jeu —, l'ordinateur brasse ses lignes avec l'intelligence d'un macaque lobotomisé. Vous vous retrouvez avec votre joueur de centre exilé en défense, et votre ailier fringant placé à l'engagement ! Une tare tristement commune à toutes les simulations sportives de l'époque. L'IA, ayant épuisé toutes ses ressources neuronales pour être cohérente sur la glace, n'avait plus assez de RAM pour gérer le banc de touche. On notera toutefois une fulgurance inattendue : si un remplaçant performe ou qu'un titulaire flanche, l'ordinateur ajuste les statistiques et peut promouvoir la doublure ! Quand on veut, on peut !
IV. Du Vandalisme Géométrique et des Irlandais Irascibles
Saluons le vice algorithmique de fin de match : si vous menez d'un ou deux misérables buts dans l'ultime minute, l'IA, prise de panique, sortira son gardien pour faire entrer un attaquant supplémentaire. C'est l'orgie garantie ! Les buts dans la cage vide s'offrent à vous sur un plateau de velours (l'IA jetant l'éponge et remettant le portier une fois les trois buts d'écart atteints). Mentionnons également l'élégance suprême, propre aux nobles simulations : la possibilité de lancer des matchs en mode "CPU vs CPU". De nos jours, cette simple fonction suffirait à Electronic Arts pour scinder le titre et vous revendre un "Manager Mode" au prix fort !
Graphiquement, nous pataugeons dans la 3D polygonale balbutiante de la PS1. Mais miracle esthétique : cet aspect cubique et taillé à la serpe donne un cachet incroyable au titre, retranscrivant à la perfection la carrure de déménageurs des hockeyeurs professionnels ! La prise en main est instinctive, viscérale. Chaque touche de la manette répond à une action précise, en attaque comme en défense. Les règles du hockey étant somme toute assez basiques (à l'exception, peut-être, du hors-jeu, que je n’expliquerais pas ici, ce serait comme expliquer le hors-jeu du football à une femme, une vaste perte de temps ! Sachez seulement que les lignes bleues de la patinoire ne sont pas là pour faire jolies…), on s'immerge rapidement dans les subtilités du power play, des breakaways, des one timers et des pénalités.
L'apothéose du gameplay ? La bagarre ! Ne soyez pas surpris de voir, en fin de match ou lors d'une prolongation tendue, deux mastodontes jeter les gants pour se distribuer des mandales de forains, dignes de dockers irlandais imbibés de Guinness tiède dans un pub crasseux ! L'arbitre, cet incompétent, ne daigne intervenir qu'après un K.O. cuisant ou de longues secondes de pugilat, pour distribuer une pénalité majeure de 5 minutes. Éric Cantona aurait incontestablement troqué ses crampons pour des patins s'il avait eu connaissance de cette impunité !
V. De la Tyrannie de Détroit et du Racket des Légendes
Si vous êtes un vulgaire noob terrifié à l'idée de vous prendre une dérouillée, la solution de facilité porte un nom : les Detroit Red Wings. C'est l'escouade ultime du jeu. Malgré des statistiques non exagérées (exception faite du Tsar Sergei Fedorov), l'équipe est une forteresse : un gardien intraitable (Chris Osgood, et non Vernon !), une défense impériale, des relances fulgurantes et des ailiers alliant puissance et technique.
Pour les despotes en herbe, le marché des transferts est ouvert. Vous pouvez bâtir une "Dream Team" indécente en abusant d'une mécanique mafieuse : le jeu vous autorise à échanger un joueur éclaté au sol contre une superstar en "overrulant" (outrepassant) le refus outré du club adverse qui ne voulait évidemment pas se faire arnaquer !
Bâtissez votre harem sur glace : Patrick Roy dans les cages, Brian Leetch et Ray Bourque en défense, flanqués de snipers comme Pavel Bure, Jaromir Jagr, et le G.O.A.T absolu, la divinité suprême du palet : Wayne Gretzky (merci à ce jeu de m'avoir initié à son culte !). D'autres seigneurs comme Dominik Hasek, Martin Brodeur, Mario Lemieux, Paul Coffey, Alexander Mogilny et Mark Messier feront également d'excellentes recrues pour humilier l'ordinateur.
Verdict : 7.5/10
NHL 97 reste, encore aujourd'hui, gravé dans le marbre comme l'un des meilleurs crus de l'histoire du hockey virtuel. Une galette qui m'a englouti des centaines d'heures, m'a éduqué aux finesses d'un sport de brutes, et m'a familiarisé avec ses plus grandes légendes. Que demander de plus pour 700 francs grattés au tabac presse du coin ?
« Now let’s get back to the ice. »

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