Test Captain Morgane et la Tortue d'Or

Captain Morgane et la Tortue d'Or – La brune compte pas pour des prunes, mais le spin-off compte pour du beurre

« J'espère que je serai aussi belle quand je serai grande. »


I. De la Suprématie Capillaire et de la Bombasse Méconnue

Oubliez les bimbos peroxydées perdues sur des îles anachroniques ! Retour dans l'univers bariolé de So Blonde, mais cette fois-ci, la justice est rendue aux femmes, aux vraies : les brunes. Et cela tombe à merveille, car je confesse une préférence quasi pathologique pour les chevelures d'ébène, tout particulièrement lorsqu'elles encadrent le minois de Morgane Castillo. Disons-le sans fard, Morgane est sans doute l'une des plus belles bombasses de l'histoire du jeu vidéo, et paradoxalement la plus injustement méconnue. Ses courbes à faire hisser le grand mât à un eunuque ne suffiront pourtant pas à masquer les carences de ce navire. Ce jeu est la preuve irréfutable, s'il en fallait une, qu'une plastique irréprochable et un décolleté plongeant ne font pas tout dans le monde impitoyable du Point & Click.

Capture d'écran Captain Morgane et la tortue d'or discussion entre Morgane Castillo et El Diablo



II. Du Classicisme Articulaire et du Trompe-l'Œil Tropical

Sur le pont des mécaniques, on ne change pas une équipe qui gagne (ou qui vivote). On retrouve la substantifique moelle de So Blonde : du Point & Click d'un classicisme si orthodoxe qu'il en deviendrait presque monacal. Les énigmes obéissent à la même logique de ramassage compulsif et de combinaisons parfois tirées par les cheveux.

Visuellement, le jeu souffle le chaud et le très froid. Si la 2D des décors pré-calculés est une caresse pour la rétine, une véritable invitation au tourisme caribéen, les personnages en 3D sont modélisés avec la finesse d'un parpaing. Quant à leurs animations, on jurerait que tout l'équipage souffre d'arthrose foudroyante ou a remplacé ses fémurs par des jambes de bois. C'est rigide, c'est mécanique, ça casse l'immersion plus vite qu'une rafale de boulets de canon.


III. De l'Éducation Corsaire et de la Naïveté Enfantine

Là où le bât blesse et où le navire prend l'eau, c'est dans son ton. L'humour potache, décalé et souvent irrévérencieux de l'œuvre originelle a déserté le navire. Le jeu se prend atrocement au sérieux, adoptant une narration aux relents infantiles digne d'un dessin animé diffusé le mercredi matin. Nous suivons l'évolution de Morgane, de la gamine insupportable à ses balbutiements de capitaine, couvée du regard par son illustre paternel et par l'inénarrable El Diablo, ce second du navire dont la musculature luisante de sueur compense sans doute de graves carences intellectuelles.

L'objectif de notre belle brune ? Engager un équipage de bras cassés et se dégoter une quête digne de ce nom : la recherche de la mythique Tortue d'Or. Évidemment, son parcours sera entravé par Simpkins, l'ordure de service, futur "Borgne", dont nous découvrons ici les origines de la vilénie et comment il a cultivé son côté fils de pute.


IV. Du Périple Caribéen et du Retour de la Cruche

Contrairement à So Blonde qui nous confinait sur un atoll unique, l'aventure de Morgane nous offre un véritable tour-opérateur des Caraïbes. Fini le huis clos ! Nous visitons la maison d'enfance de notre héroïne, un cimetière lugubre, un bar à pirates poisseux à souhait, et bien sûr, l'île de la fameuse tortue. Les lieux sont variés et aèrent agréablement la narration.

On y recroise de vieilles connaissances comme Juan ou Nathaniel. Et bien que l'humour global soit aussi sec qu'une biscotte oubliée au soleil — l'absence du décalage temporel d'une Sunny coincée dans le passé y est pour beaucoup —, le jeu s'autorise un clin d'œil savoureux. Un personnage secondaire apparaît sous les traits exacts de Sunny Blonde, se révélant être d'une bêtise crasse, complètement nunuche et totalement à l'ouest. Une mise en abyme de la blondeur qui arrachera un rictus de satisfaction aux plus cyniques d'entre nous.


V. Du Doublage Aléatoire et du Rideau Baissé

Côté sonorités, le jeu joue aux montagnes russes. Contrairement aux jeux d'origine, le doublage français est d'une inégalité flagrante. Si Morgane s'en sort avec les honneurs et que son père tient la route, le reste du casting semble avoir été recruté dans un club de théâtre amateur sous antidépresseurs. Ce n'est pas un naufrage absolu, mais l'oreille saigne de temps à autre.

La durée de vie, quant à elle, a été rabotée. Le jeu est nettement plus court que ses grands frères. Faut-il s'en plaindre ? Nenni. So Blonde tirait parfois en longueur ; ici, la brièveté empêche la lassitude de s'installer définitivement.


VI. La Malédiction du Spin-Off

En définitive, Captain Morgane et la Tortue d'Or nous offre un scénario moins captivant, une plume amputée de sa drôlerie, mais compense par une belle diversité géographique et une héroïne largement plus bandante que sa cousine peroxydée. C'est un jeu qui prouve une règle immuable de l'industrie : un spin-off reste presque invariablement moins savoureux que l'œuvre matrice. Il enrichit certes le lore de l'univers de So Blonde, mais était-ce bien utile de construire tout ce passé scénaristique sachant que la saga s'est arrêtée là et qu'il n'y aura plus jamais de suite ? Une bouteille à la mer qui s'est échouée sur les rives de l'oubli.


Verdict : 6.5/10

Une aventure mignonne mais trop sérieuse, portée par une héroïne magnifique qui méritait bien mieux qu'un jeu de seconde zone pour s'illustrer.

« Merci encore, Morgane. Si tu as besoin de mon aide, je ferai n'importe quoi pour toi. »

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