Test The Book of Unwritten Tales The Critter Chronicles

The Book of Unwritten Tales : The Critter Chronicles – The Book of Unwritten Tales 0.5 : La Demi-Molle de l’Aventasie

« Podalut-Put »


I. De l'Add-on Déguisé et de la Genèse d'un Binôme

Il est des pratiques dans l'industrie vidéoludique qui s'apparentent à la vente de vaseline aromatisée : on sait qu'on va se faire avoir, mais l'enrobage rend la pénétration presque agréable. The Critter Chronicles n'est pas un véritable nouveau jeu, c'est un préquel. Un "add-on" glorifié, diront les cyniques. Mais ne boudons pas notre plaisir d'onaniste intellectuel : nous retournons en Aventasia.

Nous incarnons ici ce godelureau arrogant de Nate, bien avant sa rencontre avec Wilbur le gnome et Ivo l'elfe aux oreilles frétillantes. L'intrigue se penche sur l'origine de son amitié indéfectible avec Critter, cette peluche extraterrestre qui ressemble à un croisement fortuit entre un Muppet rose et un paillasson. C'est également l'occasion d'assister aux prémices de la rivalité tenace entre Nate et la redoutable Ma’Zaz, cette chasseuse de primes dont la délicatesse évoque celle d'un tractopelle, et de découvrir comment notre héros a mis la main sur son vaisseau bien-aimé.


II. De la Bête Muette, de l'Amour Capillaire et du Mime Marceau

La grande fulgurance de ce titre réside dans la coopération entre nos deux lascars, et surtout dans l'originalité d'incarner Critter sur une large portion de l'aventure. Le bougre est muet. Il s'exprime par des borborygmes inarticulés, des couinements gutturaux et, summum du raffinement, en mimant ce qu'il pense des objets ou des actions qu'on lui ordonne de faire.

Au fil du récit, on découvre avec une tendresse narquoise que notre cher Critter est en réalité le crétin du village de son espèce. Le loser absolu. Pourquoi ? Car il est le seul de sa tribu à n'avoir pas daigné apprendre le langage humain lors de leur villégiature sur la planète. Et comme tout bon dépucelé de l'espace, il est éperdument amoureux de la fille du chef, une donzelle dont le principal atout réside dans une coiffure plagiant allègrement les macarons capillaires de la Princesse Leia. La parodie Star Wars tourne à plein régime, et l'on s'en délecte.


III. Du Complexe d'Œdipe Batracien et de la Convention des Salopards

Pour faire décoller leur rafiot, nos compères ont besoin d'un cristal, cœur énergétique du vaisseau des créatures. Hélas, ce précieux artefact est tombé entre les mains palmées et poisseuses de Munkus. Oui, le batracien sorcier est de retour, trimballant toujours avec lui son complexe d'Œdipe si carabiné qu'il ferait rougir le père Freud en personne. Ce crapaud pervers exige qu'on lui forge une arme magique de notre cru en échange du cristal. Nate, bien obligé de se salir les mains s'il veut que sa propre carlingue soit réparée, accepte le marché.

S'ensuit l'un des moments de grâce absolue du jeu : une infiltration lors d'une réunion de super-vilains organisée par Munkus. Et quel déguisement notre ami Critter adopte-t-il pour passer inaperçu ? Celui du Tentacule Pourpre de Day of the Tentacle ! Un clin d'œil d'une maestria absolue qui prouve que les développeurs de King Art ont été nourris au sein divin de LucasArts.

Capture d'écran The Critter Chronicles Critter déguisé en Tentacule Pourpre



IV. Du Recyclage Éhonté, de la P.E.T.R.A. et de la Torture Picturale

Ne nous voilons pas la face : le jeu sent parfois un peu le réchauffé. Moins de lieux à visiter (nous retournons joyeusement sur la banquise et dans la ville principale du premier jeu, notamment le bureau des magiciens), l'aventure est globalement deux fois plus courte que son aînée. Mais le système de jeu reste un Point & Click d'une redoutable efficacité.

Le bestiaire secondaire est un asile à ciel ouvert. On y croise une représentante hystérique de la PETRA (parodie évidente de la PETA, l'association des végans casse-burnes), prête à tout pour "protéger" des pingouins de la banquise qui n'avaient absolument rien demandé à personne. On se gausse également devant un scientifique dérangé cherchant désespérément à capturer un Yéti, sans réaliser qu'il est lui-même un Yéti affublé d'une simple paire de lunettes (le syndrome Clark Kent dans toute sa splendeur). N'oublions pas le Mary, le vaisseau de Nate, doté d'une figure de proue en bois parlante, acariâtre et farcie de mauvaise volonté, qui juge notre héros aussi compétent qu'un eunuque dans un lupanar.

Cependant, il me faut décerner une palme de la frustration à cette énigme infâme où il faut repeindre un tableau magique exactement à l'identique, sans déborder d'un micropixel. Une véritable coloscopie ludique qui mettra les nerfs des moins patients à rude épreuve !


V. L'Absence du Gnome

Ce préquel, bien qu'un tantinet fainéant par son recyclage de décors et sa brièveté, apporte sa pierre à l'édifice génial du lore d'Aventasia. L'humour frappe toujours juste, l'amitié naissante entre Nate et Critter est belle à pleurer, et l'hommage aux classiques du genre force le respect. Si vous avez aimé le premier, vous y passerez un excellent moment. Néanmoins, c'est dans ce vide que l'on réalise cruellement à quel point le petit Wilbur (le meilleur personnage de la saga, incontestablement) et le sarcasme piquant de l'oiseau Tschiep-Tschiep nous manquent.


Verdict : 7.5/10

Un amuse-bouche délicieux, absurde et poilant, en attendant le plat de résistance qui suivra. À consommer sans modération, même si l'on regrette l'absence de notre gnome préféré.

« Who needs women anyway, right ? »

Commentaires