The Book of Unwritten Tales 2 – L’Avventasia / C’est la vie que je mène avec toi / L’Avventasia / C'est dormir chaque nuit dans tes bras
« Not all the sorcerers, necromancers and lawyers in the Shadow Army were captured, right ? »
I. De la Fin de l'Entremets et de l'Utérus Elfique
Après l'amuse-bouche sympathique mais chétif que fut Critter Chronicles, nous repassons enfin aux choses sérieuses. Le grand banquet d'Aventasia rouvre ses portes pour un festin pantagruélique où nous retrouvons notre quatuor fantastique : la princesse elfe Ivo, le gnome Wilbur, le vaurien Nate et sa carpette extraterrestre de compagnie, Critter.
Cependant, les retrouvailles s'ouvrent sur un drame conjugal digne d'un vaudeville de bas étage. Ivo est enceinte. Jusque-là, rien de bien choquant pour une donzelle dans la fleur de l'âge, si ce n'est qu'elle affirme mordicus n'avoir jamais fauté, et surtout pas avec ce charlatan de Nate qui, pourtant, ne demandait qu'à tremper vigoureusement son pinceau dans son encrier sylvestre. Vexé dans sa virilité comme un coq à qui l'on aurait refusé l'accès au poulailler, Nate fait ses valises et quitte la forêt elfique. De son côté, Ivo, face à cette Immaculée Conception qui ferait pâlir d'envie le clergé, part en quête de réponses pour comprendre comment son utérus a pu se faire hacker de la sorte.
II. Du Syndrome de Ross Geller et de l'Éducation Nationale
Les démiurges de King Art ont parfaitement compris quel était le véritable joyau de leur cheptel. Wilbur Weathervane est le centre névralgique de cette suite, et nous passerons la majeure partie de notre temps à diriger sa frêle carcasse. Il est le personnage le plus sérieux, le plus paumé, et par conséquent, le plus atrocement drôle. On rit de ses malheurs avec la même cruauté délectable que l'on éprouvait face à Ross Geller dans Friends. Il encaisse les humiliations avec la noblesse d'un martyr.
Devenu professeur de magie, Wilbur doit enseigner à une classe d'enfants infernaux (un pléonasme, nous sommes bien d'accord). Parallèlement à cette corvée qui justifierait à elle seule un suicide au cyanure, il doit assister l'Archimage Alistair. Ce dernier, transformé en grenouille par ce grand pervers de Munkus (décidément, ce batracien a un fétichisme pour les amphibiens), tente de remporter des élections politiques tout en cherchant à retrouver forme humaine. La politique et l'école : deux enfers que Wilbur va traverser avec la grâce d'un canard unijambiste.
III. Du Pirate Rouge et de l'Arme de Pétrification Massive
Pendant que le gnome joue les baby-sitters, Nate, accompagné de son fidèle Critter, retourne batifoler dans les bas-fonds. Il croise à nouveau le fer (et la ruse) avec le Pirate Rouge, cet ancien "ami" à qui il avait délicatement barboté le vaisseau Mary. Son objectif ? Dérober un artefact magique d'une dangerosité absolue : une méduse portative. Une babiole fort pratique, capable de pétrifier n'importe quel gêneur pour le transformer en statue de jardin.
IV. De la Longueur Pantagruélique et du Génie Temporel
Abordons le cœur de la meule : le gameplay et l'envergure de l'œuvre. Contrairement aux productions rachitiques modernes qui se plient le temps d'une sieste, ce titre renoue avec la durée de vie gargantuesque de son aîné. C’est un Point & Click foisonnant, regorgeant de lieux à visiter, avec des énigmes d'un classicisme rassurant mais toujours d'une logique implacable.
Mais là où le jeu s'élève au rang de chef-d'œuvre absolu, d'orgasme vidéoludique total, c'est lors d'une séquence temporelle avec Wilbur. Le gnome doit utiliser un grimoire pour voyager dans le temps. Ce voyage se traduit par une régression visuelle de notre propre média ! On passe de la 3D somptueuse à des pixels baveux, puis à un environnement MS-DOS austère, pour finir l'énigme dans la pureté immaculée d'un jeu d'aventure textuel des années 80. C'est un hommage d'une intelligence folle, une lettre d'amour au genre qui fera monter les larmes (et pas que) aux vétérans de l'ère LucasArts.
V. Du Pastiche Transylvanien et du Fan Service Orgastique
Les parodies et les références pleuvent comme la vérole sur le bas-clergé : Star Wars, Le Seigneur des Anneaux, tout y passe. Mention spéciale à l'arc narratif vampirique, un pastiche fabuleux du mythe de Dracula. Nous y rencontrons un vieux suceur de sang grabataire dans son château, qui attend fiévreusement son « date » dégoté sur un site de rencontres magique. Il s'attend à recevoir une jeune vierge effarouchée ; il récolte une bimbo superficielle et vénale qui, elle, pensait rencontrer un vieux milliardaire sur le point de claboter pour palper l'héritage. L'écriture est d'une causticité merveilleuse.
C’est également un "Best Of" jubilatoire. Tous les personnages secondaires qui nous avaient marqués répondent à l'appel : le troll siamois bicéphale, le garde d'une paresse légendaire, ce rat de Rémi, les zombies romantiques, et bien sûr, la momie amnésique.
VI. De la Fin Douce-Amère et de l'Injustice de l'Histoire
Et puis vient la fin. Une conclusion audacieuse, douce-amère pour l'un de nos chers protagonistes. Munkus, l'antagoniste récurrent, n'est évidemment pas totalement vaincu, se ménageant une porte de sortie magistrale. Tout, absolument tout, était en place pour une suite épique. Un troisième opus qui, hélas, ne verra jamais le jour, englouti par les affres financières d'un genre qui ne rapporte plus assez pour les actionnaires cravatés.
Verdict : 8.5/10
The Book of Unwritten Tales 2 est un triomphe. C'est la quintessence du Point & Click moderne, alliant une réalisation somptueuse, une durée de vie colossale, et une écriture qui oscille entre la poésie pure et le cynisme absolu. Une saga que tout joueur digne de ce nom se doit d'avoir essorée, et dont l'inachèvement restera l'une des plus grandes injustices de l'industrie.
« In exchange you won't tell anyone that I watched the temple virgins when they were changing. »

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