Test Assassin’s Creed Rogue

Assassin’s Creed Rogue — Confessions d’un Irlandais pas très catholique

"My name is Shay Patrick Cormac. This is my story..."

Prologue 

Un amuse-bouche, qu’ils disaient.
Un “petit jeu” de transition, entre la piraterie tropicale de Black Flag et le bug cosmique de Unity.
Un os jeté aux joueurs de PS3 pendant que la PS4 découvrait les joies du clipping à Notre-Dame.
Mais voilà.
Rogue, c’est le digestif qui tient mieux au bide que le foie gras.
C’est le bar de fin de soirée qui refuse de fermer.
C’est la vengeance glacée d’Ubisoft :
« Vous voulez un héros ? On vous file un traître. »


I. Shay Cormac, l’homme qui dit merde

Shay est irlandais. Il porte donc en lui la triple malédiction du whisky, de la culpabilité catholique, et des instincts révolutionnaires.
Jeune assassin un peu con, un peu zélé, il court partout en criant “Liberté !” pendant que ses supérieurs dessinent des pentagrammes sur des plans de ville avec des compas en os de dodo.

Puis vient Lisbonne.
Le tremblement. Le cri. Les morts.
Une ville rasée, littéralement, par sa faute.
Un moment biblique sponsorisé par les artefacts précurseurs. 50 000 morts et deux remords plus tard, Shay se rend compte que la Confrérie, c’est peut-être pas le Club Med.
Et là, Shay change.
Il dit non.
Il claque la porte. Il dérobe une carte. Il tue un pote.
Il trahit la Confrérie. Il retourne sa veste. Il s’enfile un manteau templier. Il sort son flingue.
Et il commence à traquer, un par un, ses anciens copains encapuchonnés.
Oui. On
massacre des assassins.
On les chasse. On les bute. On leur pisse dessus.
Et c’est jouissif.

Capture d'écran Assassin’s Creed Rogue bagarre à mains nues avec Shay



II. Haytham et Achilles : Redingote contre Remords

Dans ce monde grisâtre, Shay est épaulé par deux figures paternelles :

  • Haytham Kenway, toujours aussi suave, pince-sans-rire, brillant, fascinant. On regrette encore qu’il n’ait pas eu sa propre trilogie avec des monologues sur la géopolitique entre deux tasses de thé.

  • Achilles Davenport, vieux, triste, obstiné. Ancien mentor de Shay, futur mentor de Connor, l’homme qui accumule les regrets comme d’autres collectionnent les cartes Pokémon.

Leur opposition, c’est celle de deux philosophies : l’ordre et le chaos, la structure et l’émotion, la redingote et le poncho.
Et Shay, dans ce duel, choisit la rationalité froide.
Il devient un tueur pragmatique. Une lame propre. Un exécuteur méthodique.


III. Black Flag en version goulash nordique

Rogue recycle tout ce que Black Flag faisait bien : le navire, les batailles maritimes, la navigation au compas et à la couille, les plongées dans des ruines pleines de requins vénères.
Mais là où Black Flag te faisait chanter en slip au soleil, Rogue t’enferme dans les mers glacées de l’Atlantique nord, entre des baleines suicidaires et des colonies gelées où les gens meurent de scorbut et d’ennui.
La neige remplace les cocotiers.
Le rhum devient grog.
Et les batailles navales prennent un goût d’épave silencieuse.

Sur terre ? Meilleures missions.
Plus resserrées. Plus directes.
Ubisoft, pour une fois, évite de coller 200 collectibles derrière chaque buisson.
Enfin… presque.


IV. Lisbonne, lol

Un moment.
Un seul.
Mais quel moment.

Lisbonne. 1755.
Tu actives un artefact.
Et tu détruis une ville entière.
Toi.
Shay.
Petite merde irlandaise en capuche.
Tu secoues la terre. Tu brises les os.
Et tu crées un des plus beaux moments de la saga :
la prise de conscience.

Lisbonne devient ton baptême du sang.
Là, tu réalises que les Assassins, peut-être, sont des kamikazes en toge.
Et que trahir, parfois, c’est protéger.


V. L’artefact, encore, toujours, on s’en fout

Oui, il y a une quête.
Un MacGuffin.
Un truc précurseur.
Un GPS mystique qui pointe des temples secrets.
Un iPhone de Dieu avec application “tremblement de terre intégrée”.

Mais c’est pas ça qui compte.
Ce qui compte, c’est que Shay, en le cherchant, découvre que la vérité n’est pas un camp.
Que l’idéologie n’est qu’un écran.
Et que parfois, il vaut mieux sauver des vies que cocher des cases dans une doctrine.


VI. Présent : stagiaire chez les templiers

Dans le présent, on est encore un assistant marketing chez Abstergo.

On clique.
On mate des vidéos.
On lit des notes internes.
On se demande si on va pas postuler chez UbiSoft pour de vrai, juste pour vivre ça IRL.
Junon ? Portée disparue.
La métahistoire ? Évacuée.
Mais il y a cette question :
Est-ce qu’Abstergo nous manipule en glorifiant Shay ?
Ou est-ce que, pour une fois, la vérité ne porte pas de capuche ? Et si, surtout, on s’en foutait ?


VII. Le pont vers Unity : tragédie prévisible

La fin.
Un couloir.
Une cible.
Un coup de lame.
Et une transition vers Unity, comme une gifle glacée envoyée à un jeu qui s’écroulera sous le poids de ses ambitions.

Ironie : Rogue, le jeu secondaire, l’épisode bonus, la figue sèche sur le plateau de fromages,
est meilleur que son successeur.


Verdict : 7/10

Assassin’s Creed Rogue, c’est la frite oubliée dans le sachet.
La bière de fin de soirée.
Le joint qu’on ne devait pas rouler, et qui finalement éclaire mieux que tout le reste.

Ce n’est pas un chef-d’œuvre.
Mais c’est un jeu qui ose trahir sa propre saga pour raconter autre chose.
Quelque chose de plus terre-à-terre.
De plus froid.
De plus réel.

Black Flag te faisait chanter.
Unity te faisait rager.
Rogue te fait réfléchir.
Et parfois, c’est tout ce qu’on demande à une lame.

"I am Shay Patrick Cormac. Templar of the Colonial... of the American rite."

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