Phoenix Wright : Ace Attorney – Justice for All – Entre inceste médiumnique et coups de fouet légaux : l’Évangile selon Sainte Franziska et Saint Phoenix
"Mystique Misty... C'est un médium extraordinaire."
I. Litanie pour toge froissée et cheveux pointus
L’affaire reprend. Phoenix Wright, prophète en costard froissé et martyr d’un système judiciaire kafkaïen, revient brandir sa toge de plaideur comme d'autres brandissent un crucifix face à une succube. Le gel capillaire tient bon, les "Objection!" fusent comme des rafales de Sten dans un huis clos de l'absurde, et les procès reprennent, comme si le Japon avait signé un pacte avec Roland Topor.
Dans Justice for All, on recycle tout, mais avec une précision chirurgicale : mêmes lieux, mêmes visages, mêmes sons MIDI tout droit sortis d’un Nokia 3310 possédé par Ligeti. Pourtant, quelque chose suinte de plus sombre. L'humour se nappe d'étrangeté, le surnaturel s'insinue dans la procédure, et la morale flanche comme un témoin sous les projecteurs.
II. Franziska von Karma, ou le sadisme comme pédagogie nationale
Franziska entre en scène en claquant. Le cuir de son fouet lacère l’air judiciaire comme un prélude au Bondage Code. Fille d’un tyran condamné à marmonner dans sa cellule, elle surgit de la psyché collective comme une réminiscence de Lady Oscar croisée avec une prof d’allemand frustrée.
Elle ne parle pas, elle frappe. Chaque mot est une gifle, chaque argument une morsure. Elle traite Phoenix de minable comme si le mot était tatoué sur son front. Elle ne débat pas, elle domine. Une vision du tribunal qui ferait bander un psychanalyste lacanien et pleurer la CEDH.
III. Kurain : encens, inceste et ésotérisme
Bienvenue au village Kurain, royaume fétide des rancunes séculaires et des robes de chambre ésotériques. On y prie, on y trahit, on y invoque les morts comme d'autres commandent un Uber. Dans cette enclave où l’on confond l’autorité parentale avec la possession démoniaque, Pearl Fey entre en scène.
Huit ans, deux yeux grands comme des encarts publicitaires, et un Magatama autour du cou. C’est la version kawaii du psychanalyste : elle vous brise les défenses mentales à coups de perles de sagesse et de sourires prépubères. Pearl, c’est l’enfant rêvée par Lovecraft et Miyazaki après une nuit de PCP.
IV. Mia Fey, ou le sein qui revient
Mia est morte. Ce qui, dans l’univers Wrightien, veut dire qu’elle est plus présente que jamais. Elle revient par les corps d’autrui – Maya ou Pearl – dans des scènes d’invocation qu’on jurerait extraites d’un hentai soft sponsorisé par la Cour Suprême.
À chaque apparition, sa poitrine est un peu plus triomphale. Elle parle peu, enseigne beaucoup, et repart vers l’au-delà comme une égérie de Wonderbra en mission divine. Sa sagesse est aussi ample que son décolleté, et son autorité spectralement érotique impose un respect mêlé d’angoisse érectile.
V. Le procès du diable : Phoenix et la damnation morale
Le clou du cercueil judiciaire arrive avec le dernier acte. Phoenix défend un monstre. Pas un malentendu, pas un innocent maladroit : un vrai salaud, de ceux qu’on imagine très bien organiser des soirées meurtres et crustacés entre deux séances de torture psychologique.
Phoenix le sait. Et il défend. Car la loi le veut. Car l’éthique l’impose. Car la vérité, parfois, est un cancer. Ce moment n’est pas seulement fort : il est obscène. Il dit l’essence même du droit – ce théâtre de l’ambigu – et l’effondrement d’un héros qui comprend enfin que la vertu n’est pas soluble dans le Code pénal.
VI. Clownicide, cabarets et camisoles
Les lieux visités tiennent plus du rêve fiévreux que de la cartographie rationnelle :
Un hôpital, où Phoenix se réveille amnésique, nu de mémoire et plein de manuels de procédure dans la bouche.
Un cirque, où le meurtre se cache sous les paillettes, les nez rouges et les traumatismes non verbalisés.
Un cabaret, où les plumes, les cocktails et les faux-cils masquent la vérité mieux que les avocats eux-mêmes.
Et Kurain, encore, toujours, comme une moisissure mystique collée sous la semelle du scénario.
Chaque affaire est une scène de crime d’une autre époque, un tableau de Bosch revisité par Takeshi Kitano.
VII. Répétition générale pour apocalypse judiciaire
Pas d’épisode bonus. Pas de gadgets. Pas de modernisation. Juste la même partition, rejouée avec un peu plus de fiel, de sueur, et de flammes de l’enfer.
Et pourtant, tout fonctionne. Le gameplay est aussi rigide qu’un code napoléonien, mais il danse. Les dialogues, traduits avec amour et lexique, sont des bijoux de timing. L’absurde suinte, le grotesque dégouline, et parfois, dans un éclat d’éloquence pixelisé, on croit apercevoir la Vérité, nue, tremblante, et légèrement lubrifiée.
Verdict : 8.5/10
Phoenix Wright: Justice for All est une comédie judiciaire à la sauce Shinto, une tragédie grecque avec témoins déguisés en pingouins, une psychanalyse à coups de chaînes mentales et de fouets bavarois. C’est l’exact endroit où Kafka aurait rencontré Les Nuls.
Un chef-d’œuvre de verbe et de vice, qui pue l’encens froid, la sueur de clown et la justice républicaine.
"Je me suis bien amusé. Maintenant, si vous voulez bien m'excuser..."

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