Test Uncharted 2 Among Thieves

Uncharted 2 : Among Thieves – Le Tour du Monde en 80 Grenades

"Great, power's out, and a girl's trapped. I swear to God, if there's a zombie around the next corner–"


I. Copié, collé, pan pan boum boum

Le jeu s’ouvre sur une promesse de tragédie shakespearienne : Nathan Drake, accroché à un train suspendu au-dessus d’un précipice, saigne du bide comme une burrata éventrée et marmonne des conneries à voix haute parce que, visiblement, se parler à soi-même est le seul moyen qu’a trouvé Naughty Dog pour créer de la profondeur psychologique. Le reste ? C’est le même roller coaster pyrotechnique que le premier opus, mais avec la neige en bonus et quelques litres de testostérone rajoutés dans la soupe.

Uncharted 2 est objectivement plus beau, plus rythmé, plus fluide, plus spectaculaire. C’est aussi plus vide, plus mécanique, plus long, et paradoxalement plus court d’idées. C’est la suite hollywoodienne par excellence : une explosion toutes les cinq minutes, un dialogue rigolo toutes les trois, et un héros qui cavale comme un footballeur dopé à travers le globe pour une relique que personne ne comprend vraiment.


II. Le scénario ? Une carte postale piégée

On cherche la Pierre de Chintamani, un artefact tibétain supposé rendre invincible, et qui semble fasciner à peu près autant Nate que moi un jeudi soir sur Wikipédia. Pour la trouver, il faut passer par Istanbul, Bornéo, le Népal, et enfin le Tibet — autant de décors prétextes à aligner des murs croulants, des temples qui explosent, et des PNJ qui crient “Il est là !” avant de mourir dans un geyser d’hémoglobine.

Face à nous : Zoran Lazarević, un vilain soviéto-serbo-nazillon dopé à la kryptonite, dont l’unique trait de caractère est “hurler dans un accent d’Europe de l’Est”. Il est méchant parce qu’il est chauve, musclé, cicatrisé, et armé d’un lance-roquettes. Voilà. Fin de la nuance.


III. Chloé, Elena, Sully : le triangle et le daron

Nathan Drake reste égal à lui-même : cascadeur en Converse, archéologue de surface, et prince de la punchline flasque. Toujours incapable de faire une phrase sans y glisser une vanne, même quand un immeuble s’effondre sur sa gueule. L’homme est cool, oui, mais d’un cool systématique, fabriqué à la chaîne, comme si Bruce Willis avait engrossé un parc d’attractions.

Chloé, c’est l’ex : sulfureuse, ironique, double-jeu. Elle arrive dans ta vie comme une clope au réveil. Brève, toxique, délicieuse. Elle sert surtout à faire rougir Elena, revenue dans l’équation avec son micro et son brushing de journaliste de terrain. Leur dynamique ? Un Les feux de l’amour entre deux séquences de massacre. Sully, lui, vient faire coucou, fumer un cigare et rappeler qu’il est toujours là, tel un oncle libidineux en fin de banquet.


IV. Moins d’énigmes, plus de munitions

Si le premier Uncharted était déjà généreux en bastons, celui-ci explose tout. On flingue dans les ruines, on flingue dans les rues, on flingue dans les temples, on flingue dans la neige. On flingue accroupi, suspendu, en glissant, en tombant, en courant. Il ne manque plus qu’un mode “flinguer en dormant”.

Les énigmes, elles, ont été dissoutes dans la nappe phréatique. Quelques leviers à tirer, une fresque à lire, une roue à tourner — et hop, retour aux mitraillettes. Plus personne ne fait semblant. Même Nate n’y croit plus. On n’explore pas, on traverse. On ne découvre pas, on déblaie.


V. Tourisme en mode Battlefield

Les lieux visités sont variés, certes, mais tous obéissent à la même logique : une carte postale + une zone de shoot. Istanbul de nuit, Bornéo moite, Katmandou dévastée, monastère enneigé… Chaque décor est sublime, texturé avec amour, baigné dans une lumière divine, puis immédiatement souillé par deux cents mercenaires qui hurlent en boucle. On n’a jamais vu autant de soldats suréquipés dans autant de temples oubliés. C’est Battlefield : Lhassa Edition.

On se surprend à admirer un paysage, à ressentir un soupçon d’aventure, à écouter un thème musical tibétain… jusqu’à ce qu’un hélico débarque pour te rappeler que tu n’es pas dans Indiana Jones, mais dans Die Hard 6 : Namaste Motherfucker.

Capture d'écran Uncharted 2 Nathan Drake au Tibet



Verdict : 6.5/10

Uncharted 2 est plus grand, plus beau, plus explosif. C’est aussi plus creux, plus mécanique, plus paresseux. Naughty Dog a tout repris du 1, a changé les rideaux et rajouté un feu d’artifice, puis s’est auto-congratulé en slow motion.

L’ambiance du premier me parlait davantage : ses ruines moites, son trésor moisi, ses zombies surprise. Ici, on est dans du blockbuster pur jus, pressé à la mitraillette et passé au filtre HDR. Un spectacle soigné, certes, mais sans saveur. Comme une actrice porno récitant du Racine : t’as beau respecter l’effort, tu n’y crois pas.

Même note, même sanction, même commentaire. Je vais pas me fouler. Naughty Dog non plus.

"I'm sweatin' like a hooker in church."

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