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Syberia III – Benoît Sokal, ressuscité artificiellement avec un moteur Unity et deux suppos de nostalgie
"Took Took."
I. L'amnésie comme projet de vie
Kate Walker se réveille dans un hôpital psychiatrique. Classique. Elle n’a rien prévu, ni billet retour, ni slip de rechange. Elle a quitté Syberia II à pied, sans valise, sans dignité, avec pour seul souvenir un automate mort et le cœur d’Oscar en collier, façon amulette vaudou du futur.
On est censé applaudir le mystère. On découvre plutôt une Kate plus idiote qu’auparavant, qui semble surprise d’avoir été internée, comme si suivre des mammouths mythiques dans la toundra en compagnie d’un automate victorien et de hobbits dégénérés n’était pas un motif suffisant.
II. Les Youkols : mascottes de la frustration
La suite ? Une fuite, un bateau, et des Youkols à ne plus savoir
qu’en faire. Ces créatures jadis attachantes sont devenues des
Teletubbies envahissants. Ils radotent :
"Took took
nouk nouk MissKateWalke"
à longueur de journée,
ce qui donne envie d'organiser un génocide polaire à la
tronçonneuse thermique.
Leur mission divine ? Migrer avec leurs autruches vers des terres sacrées. Encore. Toujours. On les aide, mais sans conviction, un peu comme quand on tient la porte à quelqu’un qui pue l’urine.
III. La clique des méchants de cartoon soviétique
Ah, les antagonistes. Tous échappés d’une mauvaise opération de propagande anti-occidentale des années 50. On croise une directrice d’asile échappée d’un porno médical soviétique, un colonel fasciste déguisé en patapouf autoritaire, et un assistant sadique à l’accent d’Europe de l’Est, doublé par un stagiaire ivre mort.
Car oui : les doublages sont catastrophiques.
On
dirait que tout a été enregistré dans des toilettes turques avec
un Nokia 3310. Seule Kate conserve sa voix originelle, intacte,
presque bouleversante dans cet océan de médiocrité sonore.
IV. Le capitaine Obo, ce héros
Mais tout n’est pas noir. Le capitaine Obo, vétéran marin aussi bourru qu’un ours alcoolique, sort du lot. C’est un personnage. Un vrai. Cynique, touchant, capable de balancer une torpille ou une vérité avec le même naturel. Le passage sur le bateau est d’ailleurs un des meilleurs moments du jeu : huis clos glacé, tension narrative, énigmes potables. Bref, un Syberia qui fonctionne.
V. Adieu Point & Click, bonjour le malaise
Mais voilà. Ce n’est plus un Point &
Click.
Et là, c’est le drame.
Syberia 3 s’est cru moderne. Caméra libre, stick analogique, gestion de l’inventaire comme un jeu PS2 bourré. C’est rigide, c’est lent, c’est moche. On manipule les objets avec la subtilité d’un gorille qui explore un sex-shop. Les énigmes n’ont plus la grâce d’antan : elles ont l’élégance d’un distributeur de capotes en panne.
Le moteur Unity, quant à lui, fait ce qu’il peut. Les visages gardent la patte de Sokal : expressifs, creusés, humains. Mais tout le reste a vieilli à la naissance. Les anciens Syberia, pourtant plus vieux, semblent avoir été préservés dans l’ambre. Celui-ci a été trempé dans de la soupe.
VI. Des choix sans conséquences, un DLC sans intérêt
Le jeu tente d’introduire des choix narratifs.
Mais rien ne change. On vous demande si vous voulez manger des
champignons ou des glands, et vous finissez de toute façon avec la
chiasse.
Le DLC, offert gratuitement (merci
Microïds, gros bisous), vous permet de jouer Oscar.
Pendant 45 minutes. Pour faire des trucs pas intéressants. On dirait
un mod non officiel validé à l’arrache par un stagiaire fan de
steampunk.
VII. Et maintenant ? Une suite, vraiment ?
La fin ? Bizarre. Pas mauvaise. Pas bonne. Elle tease une suite, ce qui est gonflé pour un jeu qui vient à peine de tenir debout. Oscar revient. Kate pleure. Les Youkols sont toujours en vie. Malheureusement. Et le détective du II est toujours là, errant dans l’intrigue comme une MST dans une partouze de vieux souvenirs.
Verdict : 7/10
Un retour glacial… et pas toujours dans le bon sens du terme.
Un Syberia bancal, boiteux, mais pas infâme.
Des idées, quelques bons moments, et une nostalgie qui surnage dans les glaces.
Mais aussi des Youkols chiants, une caméra aux fraises,
et des doublages qui feraient rougir une émission d’AB1.
Un
épisode de transition. Un faux pas sur la banquise.
Mais au
moins… on n’a pas vu de mammouths en NFT. Pas encore.
"Peut rien faire pour MissKateWalke."
Nous non plus, mon pauvre. Nous non plus.

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