Les Chevaliers de Baphomet 4 : Les Gardiens du Temple de Salomon – Ou comment faire pire que la 3D molle en ajoutant la tristesse terne d’une moquette de préfecture
« Qu'est-ce qu'un homme de votre prestance vient faire dans un bouge comme celui-ci ? »
I. Le retour de George et l’arrivée de la moule messianique
C’était pourtant une époque pleine d’espoir.
Après
l’infâme ballet cubique du Manuscrit de Voynich, Les
Gardiens du Temple de Salomon (ou Broken Sword : The Angel of Death pour les catholiques traditionalistes) promettait un retour
aux sources. Le Point & Click est de retour, comme un vieil oncle
qu’on pensait mort en 2001.
Mais quelle triste résurrection.
George Stobbart, désormais auto-entrepreneur d’une agence de
caution (autrement dit chômeur professionnel avec imprimante), se
fait embarquer dans une nouvelle galère ésotérique par Anna Maria,
une créature aux courbes vaguement humaines et à la personnalité
d’une planche à repasser enduite d’huile de friture.
Elle
débarque dans son bureau, en sueur, poursuivie par des tueurs… et
on la regrette déjà.
Elle est censée être mystérieuse, sensuelle, magnétique.
Elle
est surtout terne.
L’équivalent émotionnel d’un yaourt
nature périmé, mais qu’on mange quand même parce qu’on a la
dalle.
II. Le complot ecclésiastique, ou le retour de Jésus en mocassins
Ah, l’Église. Ses secrets, ses papes de l’ombre, ses
manuscrits volés, ses caves remplies de parchemins hurlants.
Ici
encore, les Templiers sont là, quelque part, probablement entre deux
messes sataniques et une réunion du Rotary Club.
Anna Maria cache un secret. Bien sûr.
Un texte antique. Une
relique perdue. Une société secrète en Italie.
Un complot
vaticanesque où tout le monde s’appelle soit Salvatore, soit
Benedetto, soit Monsignore Sacripanti.
Le jeu tente l’ambiance Da Vinci Code, mais se retrouve
plus proche d’un épisode mal doublé de Julie Lescaut.
Le
rythme s’effondre, la tension s’éteint.
On visite des lieux
sans magie : un monastère gris, un club douteux, un hôtel
miteux…
Seul Topkapi tire vaguement son épingle du jeu,
probablement parce que le nom évoque une pipe orientale ou un kebab
royal.
III. La modernité selon George : du clic à la débâcle numérique
Finies les caisses ? Fini le levage de cartons, la
plate-forme, l’infiltration made in In Cold Blood ?
Presque.
On
va certes moins pousser, escalader, se planquer mais on poussera, on
escaladera et on se planquera quand même… en mode Point &
Click !
Mais ce progrès est un mensonge puisque pour
couronner le tout George s’essaie au hacking.
Un PDA. Des
piratages.
Des mini-jeux si peu passionnants qu’on les
soupçonne d’avoir été programmés un soir d’enterrement.
Le joueur pleure.
Mais il rit aussi, un peu.
Quand
George se retrouve banni du forum universitaire d’André Lobineau
pour avoir trollé comme un goret.
Un détail, certes.
Mais
dans cette purée fade qu’est The Angel of Death,
c’est un bout de carotte salvateur.
IV. Où est Nico ? Derrière la porte, comme une surprise tiède
Nico Collard, l’âme sœur ironique, la journaliste qui fait
frémir les démons.
Disparue.
Remplacée par Anna Maria,
cette cousine dégénérée de Lara Croft et Carla Bruni.
Mais Nico revient.
Tard.
Très tard.
Comme une ex
qu’on croise par hasard chez Picard.
Elle débarque en Deus ex
Machina, quand George croupit dans une taule turque, cosplay de nonne
en bonus, juste à temps pour faire oublier qu’on l’avait
remplacée par un bibelot inanimé.
V. Bugs, fin bâclée et salami catholique
Le jeu bugue parfois.
Mais peut-on vraiment lui en vouloir
?
Tout semble avoir été rushé.
La fin tombe comme un
AVC. Une cinématique tronquée, une absence de conclusion.
J’ai
cru que mon PC avait planté. J’ai redémarré trois fois.
Mais
non. C’était la fin.
Un complot millénaire désamorcé comme une blague Carambar, un
baiser fade entre George et Anna Maria, et rideau.
THQ enchaîne
la fermeture éclair. Revolution Software survivra, mais en solo. On
comprend pourquoi.
VI. Le Salami de la Rédemption
Et pourtant…
Un rayon de lumière.
Un mafieux
italien.
Une voix caricaturale.
Et cette réplique
improbable, offerte avec le sourire d’un parrain :
« On a tout un tas de salamis différents pour vous. »
Et là, tout redevient possible.
Tout est pardonné.
Presque.
Verdict : 6.5/10
Un jeu d’aventure correct.
Mais un Broken Sword
honteux.
Une narration au rabais, un casting bancal, une Anna
Maria qu’on oublierait même dans un rêve érotique sponsorisé
par Dormiphan.
Quelques bonnes idées, quelques fous rires
nerveux, un retour du clic salvateur.
Mais pas la magie. Pas
l’alchimie. Pas l’ivresse.
Comme un vin bouchonné dans une bouteille dorée.
On
reconnaît l’étiquette.
Mais le goût est amer.
« On a tout un tas de salamis différents pour vous. »

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