Test Assassin’s Creed II Discovery

Assassin’s Creed II : Discovery — Le Bûcher des Vanités Portables

"My thirst for vengeance is strong..."

Prologue

Il fallait oser, bis repetita.
Transposer Ezio Auditore — seigneur florentin, écarteleur de prélats et dragueur de duchesses — dans une aventure latéralisée, dépolitisée, bip-bipisée sur Nintendo DS.
Après Altaïr's Chronicles, Ubisoft récidive en Espagne avec un nouveau grand moment de "faisons genre", mais sur moins de pixels qu’un écran de digicode.

Un Assassin’s Creed… en 2D, avec scrolling horizontal, ennemis clonés, dialogues fondus au noir et Torquemada en boss final qui s’échappe par une grille, façon souris psychotique dans un labyrinthe de linoleum.

Et encore, ça, c’est la partie engageante.


I. Ezio Auditore, parkourien de l’inutile

Oubliez le panache.
Oubliez Venise, les dialogues avec Léonard de Vinci, les mises à mort baroques dans des églises gothiques.
Ici, Ezio saute, grimpe, poignarde — sans conviction, sans enjeu, sans after.

La vengeance ? En théorie.
Mais dans les faits, il semble surtout remplir un stage d’observation au sein de l’Inquisition espagnole, entre deux cours de flamenco et une visite de l’Alhambra.

Il doit sauver des Assassins injustement enfermés par Torquemada — le Torquemada — pape officieux du barbecue humain, dans une Espagne dépeuplée où Saragosse, Grenade et l’Alhambra deviennent des noms de fichiers de niveaux, pas des villes.

On court donc d’écran en écran comme un Yamakasi lobotomisé, sur une bande-son midi et des textures dignes d’un fond d’écran Windows 95.


II. Un gameplay dopé… à l’ennui

Surprise : c’est encore un jeu de plateforme-parkour-side-scrolling.
Mais contrairement à Altaïr's Chronicles, celui-ci a le bon goût d’être nerveux, réactif, presque agréable — comme un lavement bien exécuté.

Ezio bondit, s’agrippe, se cache dans des meules de foin (ce peuple opprimé, ces martyrs végétaux qu’Ubisoft oblige à héberger tous les tueurs de la Méditerranée).
Il tue des gardes en glissant depuis une poutre ou en surgissant d’un buisson comme un jaguar de province.
Il court, esquive, assassine — parfois même en rythme.

Mais pas d’exploration, pas de détour.
Juste une succession de niveaux linéaires, avec QTE, séquences d’infiltration et combats mous comme un soufflé oublié au confessionnal.

C’est du speedrun masqué, un Assassin’s Creed réduit à un jeu Flash de prestige, parfait pour ceux qui regrettent Super Meat Boy mais voulaient plus de crucifix.


III. Des personnages ? Quels personnages ?

Sur votre chemin : personne.
Pas d’allié, pas d’ennemi marquant.
Juste des Assassins génériques, des gardes clonés, des archers-jouets, des boss sans noms qu’on pourrait confondre avec des sprites de Fire Emblem passés à la machine.

Et puis Torquemada.
Grand nom. Grand manteau. Grande débandade.
Incarnation de l’intolérance, il s’évapore dans une scène absurde où Ezio, séparé par une grille, le regarde partir en récitant une punchline tiède comme un sermon de cathédrale.

"Je ne crois pas qu’il soit un Templier. Juste un fanatique random."

Voilà. Fin. Rideau. Merci d’être venus.
C’était Assassin’s Creed : Le Bêtisier du Bûcher.

Capture d'écran Assassin’s Creed II Discovery Ezio contre Torquemada



IV. Une aventure qui s’excuse d’exister

Le jeu est court.
Mais c’est une vertu, comme une gastro express : désagréable, mais rapidement oubliée.

Même Ezio semble s’ennuyer, comme s’il murmurait “per l’amor di Dio…” entre deux animations rigides.
Tout dans cette aventure sent le DLC sauvage, la production forcée, le cahier des charges dicté par un chef de produit vénal.

Il n’y a ni modernité, ni Abstergo, ni rêve.
Juste un scrolling, une grille de dialogue, et l’impression qu’un développeur a crié “CTRL+C / CTRL+V” jusqu’à s’endormir sur son clavier.

C’est un jeu qui ne raconte rien.
Qui ne tente rien.
Qui ne laisse rien.


Verdict : 4.5/10

Assassin’s Creed: Discovery est une bizarrerie pixelisée, un platformer honnête mais creux, nerveux mais sans âme.
Un jeu pour collectionneur sado-maso, pour archiviste complétiste, pour ceux qui trouvent que la saga manque d’épisodes oubliables.

Une curiosité. Une sous-note de bas de page.
Un jeu né sous X, abandonné à la frontière de l’Espagne et du bon goût.

"I do not believe Torquemada is a Templar himself. Merely a credulous old sycophant."

Et moi, je ne crois pas que ce jeu soit un Assassin’s Creed.
Juste un pet dans le confessionnal.

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