Test Assassin’s Creed Rogue

Test Assassin’s Creed IV Black Flag

Assassin’s Creed IV : Black Flag — Ubisoft t’offre la mer, mais oublie la mémoire

"It's not about need, Caroline. I want food that don't make me sick. I want walls that hold back the wind. I want a decent life."

Prologue

Il y a des moments où un studio ne fait pas un jeu, mais une confession.
Black Flag n’est pas une suite, ni un reboot, ni un adieu.
C’est un aveu. Un grand “oui mais non” d’Ubisoft, qui sait très bien qu’il a perdu le fil mais qui le remplace par une corde de bateau et un chœur de matelots alcooliques.

Plus rien n’a de sens, mais tout flotte.
Et dans cette dérive joyeuse, le joueur rame avec passion, entre les vagues de rhum, les missions bâclées et les chants de marins chantés à la gloire d’un monde qui n’existe plus.


I. Edward Kenway — L’égoïste aux doigts d’or

Edward n’est pas un héros. C’est un beauf gallois avec un sabre et une libido de contrebandier.
Il veut du fric, des fringues, un navire, et un peu de chaleur humaine s’il reste du temps entre deux abordages.
Son arc narratif est celui d’un enculé flamboyant qui devient un gentleman endeuillé. Une ascension morale par la descente alcoolique.

C’est un pirate qui tue des Templiers, non par idéologie, mais parce qu’ils ont un coffre.
Un clone narratif de Jack Sparrow croisé avec Jean-Claude Convenant.

Et pourtant, ça fonctionne.
Edward est attachant. Parce qu’il est paumé. Parce qu’il veut bien faire. Parce qu’il échoue souvent.
Et parce qu’il a un navire.


II. Le Jackdaw — Mon navire, mon orgasme

Le Jackdaw n’est pas un moyen de transport. C’est un personnage.
Un vaisseau, un temple, un cheval mécanique prêt à cracher ses canons pour ton plaisir.
On y vit, on y meurt, on y chante comme dans une comédie musicale pour marins syphilitiques.

La mer est une amante infinie. Chaque vague est un baiser. Chaque tempête est une partouze.
On s’égare dans les archipels, on chasse la baleine, on vole des épaves comme un vieux dans un vide-greniers.
On customise, on améliore, on repeint, on carène.

Et à terre ?
Rien.
Une punition.
Des missions mal codées.
Des gardes qui oublient qu’ils sont payés pour surveiller.
Des toits qui refusent de se laisser grimper.
Le Jackdaw, c’est l’Éden. Le reste, c’est Leclerc Drive.


III. L’équipage historique : absinthe, acide et acouphènes

La galerie des pirates est digne d’un casting de Pirates des Caraïbes sous cocaïne.

  • Barbe Noire, prophète tragique, théâtreux du chaos, barbe fumante comme un barbecue de Noël.

  • Calico Jack, clown pathétique qui meurt pour une culotte.

  • Mary Read / James Kidd, assassine transgenre badass qui ferait passer Connor pour une paire de mocassins.

  • Anne Bonny, matrone des flibustiers, la rage dans les reins et le cœur à l’orage.

Chacun d’eux crève l’écran, plus vrai que nature, plus fictif que crédible.
Ils rient, ils crient, ils tuent.
Puis ils meurent.
Car l’âge d’or de la piraterie, c’est comme les soldes sur Steam : ça finit toujours dans le sang et la ruine.

Capture d'écran Assassin's Creed IV Black Flag Barbe Noire la barbe en feu



IV. Torres et Roberts — Boss de fin, oubli de début

Ubisoft nous livre deux antagonistes :

  • Torres, bureaucrate ibérique à la présence aussi marquante qu’un document sur la fiscalité andalouse.

  • Roberts, alias le Sage, amant numérique de Junon, albinos immortel à la voix d’IA.

L’un est fade, l’autre est flou.
L’un veut l’ordre, l’autre veut l’Observatoire.
Le joueur, lui, veut comprendre. Mais Ubisoft répond par un gribouillis mythologique.


V. L’Observatoire — Ou comment traquer ta belle-mère par l’ADN

Imagine une base secrète antique capable de localiser n’importe qui sur la planète… si tu possèdes un peu de son sang.
C’est l’Observatoire.
Un GPS anthropophage, un mouchard vampirique, un fantasme de gendarme mondial.

Et pourtant, une fois trouvé, c’est le néant.
Pas de réflexion. Pas de suite.
Juste un objet magique parmi d’autres, une babiole narrative qu’on jette comme un sex-toy défectueux.


VI. Abstergo Entertainment — Ubisoft qui s’autoparodie

Bienvenue dans le présent.
Tu es un employé random chez Abstergo.
Tu n’as pas de nom. Tu n’as pas de but.
Tu ouvres des fichiers, tu piratouilles, tu regardes des écrans noirs avec la voix suave d’un PDG psychopathe en fond sonore.

C’est drôle. C’est grinçant.
C’est aussi un gigantesque doigt d’honneur à la méta-histoire.
Junon devait conquérir le monde. Maintenant, elle est coincée dans un bocal USB.
Shaun et Rebecca apparaissent comme des caméos syndiqués.
Et Desmond ? Il est dans un disque dur.


VII. Libertalia mon cul, l’illusion de la liberté

Le jeu promet Libertalia, cité utopique pirate.
Ce sera une ruine. Une chimère. Une claque.

Et c’est tout le jeu, au fond :
Une immense promesse.
D’exploration, d’émancipation, de narration.
Mais ce n’est qu’un vaste bac à sable, un peu creux, un peu mouillé.


Verdict : 7/10

Assassin’s Creed IV: Black Flag, c’est un bon jeu de pirates.
Peut-être le meilleur.
Mais un Assassin’s Creed fatigué, qui n’a plus envie de penser, juste de chanter sur la mer.
Un divertissement brillant.
Une fuite en avant.
Un chant du cygne en caleçon, ivre, magnifique, sans lendemain.

"In a world without gold, we might have been heroes !"

Commentaires