Test Assassin’s Creed Rogue

Test Assassin’s Creed Brotherhood

Assassin’s Creed Brotherhood – Ezio et les copains d’abord contre la mafia pontificale

"I thought my work was done. I was wrong. Once more, I must venture into the fray. By recruiting enemies of the state, we arm those who have been disarmed by the Borgia."

Prologue

Assassin’s Creed Brotherhood est à la saga ce que le lendemain de fête est à l'alcoolique mondain : une suite logique, un peu floue, et surtout marquée par la redite. Ubisoft, grâce aux bonnes ventes d'AC II, tente ici de presser le citron Renaissance jusqu'à faire jaillir la dernière goutte de jus historique. Ce n'est pas un mauvais jeu, non, mais ce n'est pas un vrai nouveau jeu non plus. C'est un DLC premium déguisé en œuvre épique, une extension à 70 euros avec plus de pigeons et moins d’inspiration.

Et pourtant, Rome est grande. Rome est belle. Rome est pleine de putains, de mercenaires et de ruines romantiques.


I. Ezio Auditore : mentor vieillissant, toujours bonne came

On retrouve Ezio, légèrement ridé, toujours vêtement impeccable et testicules déjà bien pendues. Après vingt ans d'assassinats, il songeait à se reconvertir dans la fabrication de chaussures. Mais Rome ne dort jamais. Et surtout, Cesare Borgia décide de cramer la villa Auditore, de tuer son oncle Mario ("It's-a me, cadavre!"), et de déclencher ainsi la première guerre mondiale de la Renaissance.

Ezio devient mentor. Il recrute. Il inspire. Il envoie des types à Varsovie et à Londres comme un DRH en manque d'exotisme. Et il continue à grimper sur des tours pour synchroniser son GPS spirituel.


II. Rome, ville éternelle, carte unique, inspiration variable

Adieu Florence, adieu Venise. Bienvenue à Rome, unique grande carte de cet opus. Une ville gigantesque, découpée en quartiers comme une pizza quatre fromages où chaque portion est gardée par des templiers myopes. Pour les libérer, on doit détruire les tours de Borgia. Littéralement. Le jeu adore les tours. Le joueur un peu moins.

La ville est sublime, bien que recyclée. On y sent la grandeur historique, le souffle architectural, et l’odeur persistante du copier-coller texturé. Mais ça fonctionne. On s'y promène, on y tue, on y apprend encore quelques anecdotes historiques en poignardant de nobles ignorants.


III. Cesare et Lucrèce : les Lannister avant HBO

Rodrigo Borgia n'est pas mort car il bande encore. Parce que Ubisoft n'aime pas les fins. Il revient, suintant la défaite papale, accompagné de son fils Cesare, connard grandiloquent au charisme de beignet, et de Lucrèce, sa sœur incestueuse à peine voilée, qui semble avoir été écrite par un fan de fanfictions Game of Thrones.

Cesare est le nouveau méchant. Il est méchant. Il est très méchant. Il est même trop méchant pour être intéressant. Une brute à moustache, sans subtilité, sans nuance, qu'on a hâte de planter.

Capture d'écran Assassin’s Creed Brotherhood Lucrèce et Cesare Borgia dispute



IV. Frères d'armes : Bartolomeo, la Volpe et les autres

La confrérie naît enfin. Ezio devient un manager. Bartolomeo, général bourrin au vocabulaire fleuri, est hilarant. La Volpe, roi des voleurs au regard de fouine illuminée, est toujours fidèle. Machiavel fait la moue en permanence. Tous participent à ce grand opéra d’assassinats collégiaux.

Le système de recrutement d’assassins est simple : tu sauves un mec dans la rue, tu lui files une capuche, et tu l’envoies tuer quelqu’un à Ankara. C’est Ubisoft qui invente le micro-management militaire.


V. Missions Romulus, parachute et recyclage textile

Les tombeaux d’assassins du deux ? Remplacés par les repaires de la secte de Romulus, bande de fous en toge fans de loups et d’architecture. On les dézingue, on récupère une armure, on oublie.

De Vinci revient aussi, toujours aussi gay-friendly, et nous file son parachute pour tester la physique approximative du moteur de jeu. Sauter du Colisée comme un pet de soie, ça n’a pas de prix. Sauf celui du ridicule.


VI. Méta-histoire en roue libre et Desmond en jogging

On retrouve Desmond, le plus fade des héros modernes, qui commence à rêver d’Ezio, à grimper comme lui, à courir comme lui, mais toujours sans charisme. Lucy, Shaun et Rebecca sont là, toujours eux-mêmes, toujours VO recommandée.

L’Animus 2.0 continue de nous injecter des fragments de méta-histoire sur la première civilisation, les pommes d’Eden, les complots transhumanistes et les dieux aliens. On capte pas tout. On hoche la tête. Et puis vient la fin. Et on reste sans voix.


VII. Brotherhood ou le syndrome de l'update épisodique

Assassin’s Creed Brotherhood n’est pas un mauvais jeu. Il est juste paresseux. Confortable. Tiède. Il ne tente rien, ne casse rien, mais offre une Rome bien modélisée, des missions correctes, un système de gestion sympathique, et une continuité narrative soignée.

Mais à force de capitaliser sur l’ancien, il préfigure la dérive à venir. Celle de la production à la chaîne. Des jeux qui se ressemblent. Des héros clonés. Des histoires qui n’osent plus mourir.


Verdict : 7.5/10

Un bon jeu. Un bel univers. Un Ezio encore en forme. Mais une œuvre sans souffle. Assassin’s Creed Brotherhood est le moment où la saga commence à douter, à bégayer, à stagner. L'histoire avance, mais l'inspiration freine. Rome ne s'est pas faite en un jour. Ubisoft non plus. Et ça se voit.

"Che nessuno ricordi il tuo nome. (May no one remember your name.)"

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