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Assassin’s Creed II – Tuer sous le soleil de Toscane, entre deux pipes de De Vinci
"Silencio ! Silencio ! Twenty-two years ago, I stood where I stand now... and watched my loved ones die, betrayed by those I called friends."
Prologue
Assassin’s Creed II, c’est la victoire éclatante du baroque sur l’austérité. Un monument de foisonnement narratif où l’Histoire se tape un rail de pop culture avant de vomir dans le codex. C’est beau, c’est riche, c’est généreux, c’est trop. Le premier Assassin’s Creed était un monastère silencieux, celui-ci est un carnaval vénitien bourré à la grappa, où chaque ruelle cache une quête FedEx, un moine lubrique ou un pigeon à plume dorée.
Et pourtant, dans ce joyeux bordel, surgit parfois une grâce. Fugace. Bouleversante. Un fragment de vérité entre deux saltos.
I. Ezio Auditore : ascension d’un gigolo vengeur
Au commencement, il n’est qu’un fion arrogant. Un ado italien avec la libido d’un acteur porno et la cervelle d’un pain ciabatta trop levé. Et puis la tragédie. Papa pendu. Frère pendu. Le slip se transforme en capuche. La bite en lame secrète. Sur vingt années, le bellâtre devient une légende. Un mythe. Une pub pour Armani en armure.
Ezio, c’est l’anti-Altaïr. Là où l’un était froid comme la logique, l’autre déborde de sensualité latine et de rage contenue. Il tue avec panache, séduit sans effort, apprend vite. Trop vite. Mais le charme opère. On le hait au début. On le suit au bout de la lame.
II. Desmond et le club Med de l’Animus
Lucy est de retour, toujours incarnée par Kristen Bell, échappée d’un studio Disney pour cavaler en jean moulant dans un laboratoire Illuminati. Elle est rejointe par Shaun Hastings, sarcasme sur pattes, et Rebecca, geekette kawaii probablement échappée d’un sous-forum de DeviantArt. Et Desmond ? Toujours aussi charismatique qu’un flan nature.
Cette fois, le jeu permet ENFIN de choisir sa langue. Plus besoin de trifouiller les options système comme un hacker de sous-préfecture. Finie la VF qui sent la nappe en plastique et le ravi de la crèche. La VO explose de saveur : les jurons italiens claquent comme des gifles de nonna, et Shaun parle comme s’il haïssait tous les joueurs en même temps. Quel bonheur.
III. Florence, Venise, Forlì : open world ou guide touristique ?
Chaque ville est un chef-d’œuvre. Florence et ses dômes. Venise et ses canaux. Forlì et son accent oublié. Ubisoft se la joue reconstitution à la BHL (Biodiversity Heritage Library hein, pas le « philosophe » milliardaire) : tout est vrai, tout est romancé, et pourtant on apprend des choses. Savonarole (dans les DLC, à ne surtout pas acheter évidemment mais disponible dans les multiples remasters ou compilations du jeu), les Pazzi, Caterina Sforza (qui cache des dagues dans ses sous-vêtements), Machiavel en version Bacri Renaissance.
Assassin’s Creed II devient un cours d’histoire interactif. On s’instruit en grimpant. On révise en poignardant. Et on se surprend à googler “Conjuration des Pazzi” au lieu de mater du porno. Le jeu a gagné.
IV. Rodrigo Borgia : le vilain qui a réellement existé (et qui puait la trahison)
Rodrigo Borgia, futur pape Alexandre VI, est ici le gros boss. Un homme d’Église aussi vertueux qu’un gigolo cocaïné en colonie nudiste. Il est cruel, mégalo, puissant. Et parfaitement adapté au rôle. Ubisoft ne l’invente pas. L’Histoire elle-même fournit la saloperie.
Le tuer devient une jouissance double : vidéoludique, bien sûr. Mais aussi symbolique. Car on ne flingue pas qu’un antagoniste. On règle ses comptes avec 1500 ans de cléricalisme véreux. Et ça fait du bien.
V. De Vinci, Mario, Machiavel : casting cinq étoiles et figuration de luxe
Léonard de Vinci est génial. Littéralement. Il construit tes gadgets, lit ton codex, défonce les lois de la physique entre deux traits d’humour homo-érudit. Mario Auditore, mentor jovial et badass, te sort un “It’s-a me, Mario!” sans trembler. Et Machiavel rumine à l’arrière-plan comme un chroniqueur de CNews.
Ils sont tous brillants. Plus humains qu’Ezio, au fond. Et trop souvent relégués au second plan par un jeu qui préfère te faire collectionner des plumes que de discuter politique avec Machiavel. La modernité a ses priorités. Hélas.
VI. Quêtes annexes, FedEx et plumes de merde
Le jeu déborde. Assassinats secondaires. Lettres d’amour à distribuer. Maris infidèles à corriger. Et surtout : 100 plumes pour ta mère, traumatisée à vie. C’est mignon. C’est long. C’est chiant. L’épure du premier fait place à une boulimie de contenu annexe dont on se serait bien passé.
Mais il reste deux pépites :
• Les tombeaux d’assassins,
véritables donjons de parkour gothique.
• Les glyphes du
Sujet 16, énigmes ésotériques, messages cryptés, frissons
garantis.
Pour le reste ? Du papier bulle vidéoludique.
VII. L’Animus 2.0 : Quand les aliens fabriquaient les cathédrales
Le codex, la Pomme d’Eden, les hologrammes divins, la Civilisation Première… Tout ça commence ici. Le jeu verse dans la mythologie technologique, version Lovecraft sponsorisé par Elon Musk. Les Templiers ne veulent plus seulement contrôler les États. Ils veulent contrôler les mémoires, les gènes, les dieux. Et Desmond est la clé.
C’est grandiloquent. Ça part dans tous les sens. Et pourtant… on suit. Parce que c’est bien raconté. Parce que la mégalomanie est assumée. Parce qu’Assassin’s Creed, à ce stade, croit encore à sa propre légende.
VIII. Renaissance terminale : chef-d’œuvre ou prémices d’un cancer ?
Assassin’s Creed II, c’est la franchise dans sa plus belle robe. Riche, documentée, ambitieuse, musicale, fluide. C’est aussi le début de la fin : plus de contenu, moins de profondeur. Plus de personnages, moins de silence. Plus de villes, moins d’âme.
Mais on y apprend. On y voyage. On s’y perd. On y vit. Et même si l’on regrette le mysticisme aride du premier opus, on ne peut que saluer la générosité de cette suite.
Verdict : 8/10
Un jeu flamboyant, savant, trop bavard. Une encyclopédie vidéoludique où l’on poignarde l’Histoire à coups de lame secrète. Une lettre d’amour à la Renaissance, mais aussi un manifeste du contenu pour le contenu.
Un sommet, déjà un tournant. Altaïr regardait vers l’intérieur. Ezio regarde vers le monde. Et nous, joueurs ? On regarde encore les deux. Avec une larme d’archive.
"Requiescat in Pace, you bastard."
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