Test Dracula 4 L'Ombre du Dragon

Dracula 4 : L'Ombre du Dragon – L’interlude anémique du suçon

« Je vis depuis toujours avec cette affection qui détruit mon sang. »


I. De la Dégénérescence Sanguine et du Fion Invisible

La saga Dracula rampe hors de son cercueil pour poursuivre le noble chemin du réalisme contemporain entamé par le sublime troisième opus. Fini les bondieuseries du père Arno, nous incarnons ici Ellen Cross. Sur le papier, cette donzelle ressemble à une expérience eugéniste clandestine : une fusion contre-nature entre Ann Smith (la pimbêche amnésique de Paradise) et l'insupportable flicarde Vic McPherson (Still Life). Restauratrice de tableaux de son état, Ellen souffre d'une étrange maladie sanguine… Quelle coïncidence cosmique vertigineuse dans un jeu traitant de vampirisme !

Le drame absolu, la véritable tragédie grecque de cette épopée, c'est que nous sommes de nouveau englués dans une vue subjective. C'est doublement dommage, car à défaut d'admirer de superbes décors en 3D précalculée, nous aurions rudement apprécié de pouvoir mater le fion de notre chère Ellen Cross durant nos pérégrinations !

Capture d'écran Dracula 4 l'Ombre du Dragon notre héroïne Ellen Cross



II. Du Naufrage Express et du Bricolage pour Maternelle

Le postulat de départ a le mérite de frétiller : un navire convoyant une collection inestimable de toiles vers un musée sombre corps et biens. Coup de théâtre, l'une des croûtes refait mystérieusement surface à Budapest. Ellen, armée de ses pinceaux et de sa carence en fer, est dépêchée sur place. Quel rapport entre de vieilles toiles et le Comte aux canines longues me demanderez-vous ? Il semblerait que la collection abrite un portrait inédit de Dracula en personne, attisant la féroce convoitise d'une secte obscure baptisée "L'Ombre du Dragon" (le titre du jeu, pour ceux qui dorment au fond).

N'espérez pas que je vous déflore l'intrigue pendant des pages, car ce jeu détient le record du monde de l'éjaculation précoce vidéoludique ! C'est assurément l'un des Point & Click les plus courts de ma chienne de vie. On se rend en Roumanie (avec un petit clin d'œil appuyé à Vladoviste pour caresser le fan du troisième épisode dans le sens du poil), on visite un manoir londonien flanqué de son cimetière gothique, on fait une escale à Istanbul, et hop, c'est marre !


III. Des Énigmes Soporifiques et de la Pharmacopée Inutile

Ce ne sont d'ailleurs pas les énigmes qui vont ralentir votre inéluctable course vers le générique de fin. Elles sont d'une simplicité et d'une logique à pleurer de rire : associations d'objets dignes de l'âge de pierre, placements de symboles pour bovidés, et l'inévitable taquin (le cache-misère absolu de la profession). Le summum du défi intellectuel, le paroxysme de la sueur neuronale ? Découper le bras d'une marionnette en suivant scrupuleusement les pointillés avec votre souris ! On se croirait en atelier découpage de grande section de maternelle, l'odeur de la colle Cléopâtre en moins.

Pour tenter de camoufler cette vacuité abyssale, les développeurs ont intégré des "features" d'une inutilité consternante. Primo : un système de "scoring" qui distribue des points à chaque bonne action. Pour quoi faire ? Strictement rien. Secundo : une jauge de fatigue liée à notre satanée maladie, nécessitant de becter ou d'ingurgiter des cachetons pour faire remonter le niveau. Spoil de bon aloi : le jeu est tellement court que votre santé n'aura matériellement jamais le temps de baisser, à l'exception de quelques chutes scriptées et imposées par le scénario ! C'est le degré zéro de la survie.


IV. Du Casting Daliesque et du Fétichisme de l'Étagère

Heureusement, le casting secondaire relève un tantinet le niveau de ce marasme. On y fait la connaissance d'Adam Stoker — oui, l'arrière-petit-fils de Bram en personne, parce qu'il faut bien assurer la connexion filiale avec l'œuvre originale ! — et de l'inquiétant Yanek, une sorte de Salvador Dalí à la sauce turque dont la folie latente apporte un peu de piment à la sauce.

Et puis soudain… le drame. Le jeu s'achève sur un cliffhanger d'une brutalité sadique qui n'attend que sa suite. On se croirait face à une vulgaire saison de chez Telltale Games, à cette différence fondamentale que Telltale avait au moins l'honnêteté de prévenir qu'il nous vendait un contenu épisodique ! La farce est telle que le jeu a fini par avoir le bon goût d'être bradé en bundle avec sa suite directe sur Steam et GOG, tant ces deux segments pris séparément sont rachitiques.

Mais l'amateur de versions physiques, ce pervers fétichiste du carton, se consolera avec un argument de poids : cette honteuse fragmentation de l'aventure permet d'exhiber deux belles boîtes de jeu sur son étagère au lieu d'une seule ! La complétion compulsive a ses raisons que la raison ignore.


Verdict : 6.5/10

Une bonne ambiance gothique, une avancée sans heurt mais aussi dramatiquement dépourvue de génie (à l'image d'un doublage français sous Lexomil). Une durée de vie microscopique pour un titre de transition qui vous laissera indubitablement sur votre faim.

« Dans son fief de Transylvanie Dracula est intouchable. »

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