Test Dracula 3 La Voie du Dragon

Dracula 3 : La Voie du Dragon – Sainte ou Suceuse : enquête canonique en Transylvanie

« Avez-vous lu « Dracula » de Bram Stoker ? »


I. De la Curie Roumaine et du Goupillon Frétillant

En l'an de grâce 1920, le Vatican, cette vénérable multinationale spécialisée dans l'occultation des péchés de la chair et la thésaurisation de l'or, dépêche l'un de ses sbires : le père Arno Moriani. Sa mission ? Se les geler menu dans la bourgade roumaine de Vladoviste pour enquêter sur la potentielle béatification d'une certaine Martha Calugarul. "Quel putain de rapport avec le Comte aux canines saillantes ?" me hurlerez-vous avec l'impatience d'un puceau devant un décolleté. Aucun, de prime abord. Mais notre curé de choc va rapidement troquer son goupillon frétillant et son eau bénite contre des traités d'hématologie pour s'enfoncer, la fleur au fusil, sur la fameuse Voie du Dragon.


II. Du Saut Temporel et de la Résurrection Graphique

Huit longues années séparent cette galette de l'étron expéditif qu'était le deuxième opus. Et par la sainte fente de la Vierge, le saut qualitatif saute aux yeux ! Malgré un budget qu'on devine équivalent au prix d'un menu Maxi Best-Of, la réalisation est d'une propreté monacale. Fini les pantins en bois et la 3D lépreuse : les personnages s'offrent un véritable design, une personnalité palpable et, miracle de l'Immaculée Conception, un doublage français qui s'inscrit dans les standards très corrects du jeu d'aventure !

On prend un plaisir coupable à tailler le bout de gras avec les pochtrons de l'auberge, les péquenauds du village, ou à maltraiter le vieux téléphone fixe en bakélite. Hélas, la tare originelle subsiste : cette foutue vue subjective castratrice qui nous empêche d'admirer la soutane de notre avatar dans ce gameplay Point & Click résolument orthodoxe.


III. Du Réalisme Post-Traumatique et de l'Érudition Sanglante

Fini les vampires d'opérette et les stryges topless du château ! Nous baignons ici dans un réalisme cru, au lendemain de la Première Boucherie Mondiale. Le mythe du suceur de sang est traité avec la rigueur d'un proctologue : le roman de ce cher Bram Stoker est même ouvertement évoqué et moqué par un scientifique local au rationalisme arrogant. La réalité scientifique affronte la superstition.

Le jeu se montre d'une générosité frôlant l'indécence en matière de lecture. Préparez-vous à vous farcir une encyclopédie de documents sur les maladies sanguines, le mythe du vampirisme et le passif de l'historique Vlad Tepes. Le titre s'offre même le luxe d'une méta-référence exquise en évoquant le tournage imminent du Nosferatu de F.W. Murnau. C'est érudit, brillant et ça flatte l'intellect de ceux qui savent encore lire plus de trois lignes consécutives.


IV. De la Geôle Turque et du Sadisme Automatisé par Steam

Pour nous éviter la gangrène oculaire et la monotonie roumaine, l'aventure nous expulse le temps de quelques excursions dépaysantes : un petit tour par Budapest et un séjour dans une charmante geôle en Turquie (où l'on apprend très vite, cela va de soi, à ne jamais ramasser la savonnette).

Les énigmes constituent le véritable point G de l'expérience : recherche minutieuse d'indices dans des grimoires indigestes, mots-clés à surligner dans des textes, symboles ésotériques à replacer correctement… Tout est fichtrement intelligent. Mais attention, hérésie absolue ! Fuyez la version Steam comme la peste bubonique ! Cette plateforme pour assistés du pad automatise honteusement certaines énigmes, notamment les fastidieux tests sanguins, sous prétexte d'épargner les neurones atrophiés des "gamers" modernes. Béni soit GOG, refuge des puristes, qui nous laisse manipuler nos éprouvettes à la main ! Le jeu n'étant déjà pas bien long, l'amputer de ses rares défis laborieux relève du sabotage pur et simple.

Capture d'écran Dracula 3 La Voie du Dragon énigme de recherche de mots dans un grille



V. Du Coitus Interruptus et du Sommet de la Saga

Ce troisième épisode est incontestablement le sommet absolu de la saga, le pinacle de l'aventure vampirique. Il est propre, intelligent (ce qui demeure une rareté dans un média qui privilégie généralement le nombre de polygones d'une poitrine à la cohérence d'un scénario) et déroule sa trame avec une maestria indéniable.

On lui pardonnera bien volontiers sa relative brièveté (je n'ai jamais considéré qu'un jeu court était une tare, un coït intense valant toujours mieux qu'une longue agonie molle) et un manque de budget qui l'empêche de s'asseoir à la table des mastodontes du genre. Son seul véritable drame est sa fin : bien que très sympathique, elle laisse un arrière-goût d'inachevé, tant on aurait aimé qu'elle soit exploitée dans une suite directe. C'est une œuvre magistrale que tout adorateur de Dracula et de Point & Click se doit d'avoir essorée, sous peine d'excommunication immédiate.


Verdict : 7/10

Une aventure propre, érudite et subtile, qui troque la facilité de l'horreur bon marché pour une enquête théologique et scientifique passionnante. Un indispensable.

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