Final Fantasy IX – On va tous crever, on va tous crever / Y a la fin du monde qui nous guette et nous on fait la fête
« Et on leur zouera la fameuse pièce : « Ze veux être ton oisillon. » »
I. De l'Apothéose 32-Bits et du Voleur à la Queue Agile
S'il est une vérité universelle que la plèbe a souvent du mal à avaler, c'est que Square Enix (ou Squaresoft pour les puristes à la barbe grisonnante) sait soigner ses sorties de piste. De la même manière que Final Fantasy VI fut le chant du cygne orgasmique de la Super NES en 16 bits, Final Fantasy IX se pose en apothéose absolue de l'ère 32 bits. Oui, c'est totalement subjectif, mais si nous sommes ici, c'est bien pour ériger mon avis en dogme absolu, n'est-ce pas ?
Fini la déprime cyberpunk et les héros mutiques sous Prozac. Retour au médiéval fantastique, un écrin qui sied à la saga comme un string de soie à une donzelle aux fesses rebondies. Nous y incarnons Djidane (ou Zidane dans certaines traductions foireuses, un Arabe étant forcément un malandrin), un héros bavard, dragueur invétéré et voleur de profession. Accompagné de sa troupe de théâtre ambulant, les Tantalas, notre galopin à la queue simiesque (une véritable queue de Saiyan qui a dû faire fantasmer plus d'une princesse) orchestre l'enlèvement de la Princesse Grenat. Laquelle, coup de théâtre et heureux concours de circonstances, ne rêvait que de se faire kidnapper pour fuir son château de malheur et passer incognito sous le pseudonyme de Dagga. C'est frais, c'est pimpant, et ça nous change des ex militaires amnésiques.
II. De la Cour des Miracles et du Syndrome de la Grenouille
Cette fugue royale va bien vite attirer une bande de joyeux drilles, composant un casting d'alliés frôlant l'indécence :
Bibi : Un gamin mage noir, puceau de l'existence. Il est, sans la moindre once de contestation, le personnage le plus touchant et tragique de toute la saga. Sa quête identitaire arracherait des larmes à un contrôleur fiscal.
Steiner : Le garde du corps de Grenat. D'abord engoncé dans son armure rouillée, ridicule et raide comme la justice, il finit par se muer en la machine à baffes la plus destructrice du jeu.
Freyja : La chevalière dragon au look de biche mélancolique. Une guerrière redoutable, hantée par la perte de son amour et de sa patrie.
Kweena : Mage bleue asexuée, dont l'unique ambition métaphysique est l'ingestion compulsive de grenouilles. Une caution comique et délirante totalement assumée.
Eiko : Une gamine surdouée en magie qui, malgré son jeune âge, fait preuve d'une débrouillardise à faire pâlir un scout.
Tarask : Le chasseur de primes. Un design prometteur, des compétences létales, mais une personnalité de moule neurasthénique au sein du groupe. Il faut dire qu'arriver tardivement dans une équipe où même les antagonistes débordent de charisme, c'est le meilleur moyen de se retrouver relégué au rang de figurant.
III. Des Méchants Low-Cost et du Marionnettiste Céleste
Face à cette troupe en état de grâce, le banc des accusés tente d'exister. La reine Branet n’est qu'une version "Big Mama" low-cost de Kefka, la folie meurtrière en moins et le tour de taille en plus. Kuja, quant à lui, est fort sympathique dans son slip en cuir, mais lorgne un peu trop du côté d'un Sephiroth de bac à sable pour totalement convaincre.
Le seul véritable mâle alpha de l'opposition, c'est le vieillard Garland. Élément central de l'intrigue, il déploie un charisme glaçant. Tout n'est ici qu'un immense jeu de poupées russes : Branet est sodomisée intellectuellement par Kuja, lui-même manipulé par Garland, qui sait pertinemment qu'il l'est et cherche à se rebeller. Ce périple de manipulation géopolitique et de fin du monde est émaillé de séquences cultissimes à vous dresser les poils : Bloumécia en ruines (terre natale de Freyja), les Valseurs noirs implacables, les usines de production de mages, le réveil apocalyptique d’Alexandre, et les joutes contre Beate, l'alter ego féminin de Steiner, sexy en diable et redoutablement compétente.
IV. Du Retour aux Sources et du Pigeonnage Annexe
Le rythme est un modèle du genre : on ne s'ennuie pas une seule seconde. Le scénario vous prend à la gorge, sublimé par un chara-design audacieux et des graphismes pré-calculés lumineux, magnifiques, qui n'ont pas pris une seule ride grâce à un level design et des architectures d'une variété folle.
Square retourne à ce qu'il sait faire de mieux pour notre plus grand plaisir onaniste : des jobs prédéfinis et un apprentissage des compétences via les armes et les accessoires (une mécanique brillante). On renoue avec la sainte trinité : univers coloré, tour par tour classique, combats aléatoires, système de Transe et Invocations. Une véritable bouffée d'oxygène après deux épisodes englués dans la noirceur machiniste.
Les quêtes annexes sont une véritable corne d'abondance : le Mog Poste attachant, les pierres stellaires, les enchères pour bourgeois, les gentils monstres, le quiz de Rataïme… On pestera au début contre le Tetra Master, pleurant la perfection du Triple Triad, mais une fois dompté, le bougre se révèle fichtrement prenant.
Cependant, je me dois de dénoncer l'hérésie absolue : la quête des frères Nero. Une immondice injouable sans guide, découverte bien après la sortie du titre, nécessitant de faire huit allers-retours stériles entre le donjon final et la ville. Je ne m'y suis pas risqué, préférant savourer le spectacle d'un pigeo… pardon, d'un joueur dévoué sur YouTube. J'ai pour coutume de clamer qu'une énigme nécessitant une soluce est un ratage complet de game design. Heureusement, la chose est optionnelle, n'apporte qu'un misérable accessoire et survient à la fin du jeu ; on s'en cogne donc royalement le coquillard.
V. De la Douce-Amertume et de la Suprématie Confirmée
Terminons cette diatribe par la fin, douce-amère à souhait, véritable signature émotionnelle de la saga qui vous laisse avec ce petit goût de cendres et de nostalgie dans la bouche.
De par son casting tutoyant la perfection, son scénario impeccable, sa direction artistique reconnaissable entre mille et sa modernité mécanique camouflée sous un vernis rétro, Final Fantasy IX a réussi l'impensable : surpasser Final Fantasy VI dans les tréfonds de mon cœur aigri. Y restera-t-il après l'arrivée du dixième opus ? Haha, le suspense est insoutenable…
Verdict : 9/10
Une lettre d'amour au J-RPG classique, un chef-d'œuvre de poésie et d'humour qui renvoie les angoisses d'adolescents dépressifs au vestiaire.
« Mais je pense avoir eu un aperçu de ce que « vivre » signifie. »

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