Die Hard Trilogy – 58 minutes pour vivre, 30 secondes pour rager sur cette journée en enfer dans ce piège de cristal
« Happy trails ! »
I. De la Sainte Trinité du Bourre-Pif et de la Générosité Oubliée
Il faut bien confesser une chose, la larme à l'œil et la main sur le cœur : à cette époque bénie des dieux du polygone, les jeux à licence avaient au moins la décence de nous écarter les cuisses avec un minimum de préliminaires et une générosité qui force aujourd'hui le respect. Prenez Die Hard Trilogy. De nos jours, un éditeur véreux vous vendrait chaque film en kit, avec un Season Pass pour débloquer le marcel crasseux de John McClane. En 1996, on vous balançait trois jeux complets dans une seule et même boîte !
Chaque segment reprend l'un des films fondateurs avec un gameplay radicalement différent. Mais attention, ne cherchez point ici de subtilité narrative ou de branlette intellectuelle : le fil rouge de cette trinité, c'est le bourrinage absolu, l'anéantissement de la matière grise et l'absence vertigineuse de tout scénario. On tire, on écrase, on explose. Amen.
II. Piège de Cristal : Le Charme Discret du Charnier de Bureau
Le premier volet nous invite à profaner le Nakatomi Plaza sous la forme d'un TPS (Third-Person Shooter) d'une virilité à faire pousser du poil sur un œuf de Fabergé. Le but est d'une poésie indicible : éliminer chaque terroriste croisant votre rétine et libérer les otages. Ou les buter, au choix. Honnêtement, le jeu s'en contrefout royalement et ne fera aucune distinction morale entre le sauvetage d'une secrétaire effarouchée et le fait de lui loger une bastos de 9mm entre les deux yeux.
La progression est d'une simplicité biblique : le jeu vous inonde d'armes de destruction massive, de gilets pare-balles et de trousses de soin. La technique du couard magnifique fonctionne d'ailleurs à merveille : planquez-vous derrière un bar ou un guichet, attirez la racaille, pressez la détente et admirez la création d'un charnier grandeur nature !
Mais la véritable ennemie, la purge castratrice de ce mode (qui reste pourtant le meilleur des trois), c'est la bombe ! Une fois le ménage terminé, un putain de chronomètre sadique de 30 secondes s'enclenche. Il faut trouver un explosif planqué dans un ascenseur. Évidemment, selon la loi de l'emmerdement maximum, l'ascenseur se trouve immanquablement à l'exact opposé du niveau. Vous arrivez avec une demi-seconde de retard à l'avant-dernier étage de la tour ? BOUM ! Game Over, et retour immédiat au tout premier étage du jeu ! Un hurlement primaire déchire alors vos cordes vocales. Une difficulté punitive à l'ancienne, un sadisme institutionnalisé pour masquer une cruelle réalité : s'il existait des checkpoints décents, le jeu se plierait en trois malheureuses heures. Maudite époque !
III. 58 Minutes pour Vivre : L'Onanisme Aéroportuaire
On enchaîne avec le deuxième film, transmuté pour l'occasion en Rail Shooter bas du front (un rail shooter, quoi !). C’est incontestablement le segment le plus facile et le plus court du lot. Le principe est le même : on transforme l'aéroport de Dulles en abattoir. On massacre les otages sans la moindre once de discernement, on pulvérise les éléments du décor et l'on sème un chaos orgasmique à grands coups de lance-roquettes. Un défouloir total, bête et méchant.
Anecdote de la honte : j’avais jadis tanné mes géniteurs, pleurant des larmes de sang pour obtenir le fameux pistolet optique compatible, cet accessoire en plastique gris censé faire de moi un as de la gâchette. Résultat des courses ? Je préférais infiniment y jouer à la manette classique. Qu'est-ce qu'on peut être con quand on est gamin !
IV. Une Journée en Enfer : Le Taxi de la Mort et l'Essuie-Glace Sanglant
Pour clôturer cette symphonie de la destruction, le troisième film nous expédie dans un jeu de bagnole. Et c’est là que le bât blesse, car c'est le mode le plus difficile, le plus injuste et le plus frustrant de la compilation. Vous devez composer en permanence avec l'ennemi juré de tout gamer old-school : le chronomètre. Si tu ne finis pas ta course dans les temps, Game Over, tu recommences tout depuis le début !
Au volant d'un taxi jaune new-yorkais, vous devez désamorcer des bombes dans un délai imparti en percutant frénétiquement des cabines téléphoniques ou des poubelles. La conduite est une foire d'empoigne où l'on écrase tout ce qui a le malheur de respirer. Mention spéciale et palme d'or du cynisme absolu : les essuie-glaces de votre bolide s'actionnent automatiquement pour chasser les gerbes de sang laissées sur le pare-brise par les piétons fraîchement écrabouillés ! Du pur génie macabre. Il faut récolter des turbos, chasser les bonus de temps pour grappiller quelques secondes de survie, changer de véhicule pour une carcasse plus solide, et endurer le cauchemar des poursuites de voitures piégées qu'il faut harceler et percuter à mort, dans un hommage vibratoire et bourrin à Destruction Derby.
V. L'Âge d'Or ou le Syndrome de Stockholm ?
Au final, Die Hard Trilogy est un jeu qui ne fait pas dans la dentelle. C'est de l'arcade pure, du scoring décérébré — songez que même pour inscrire vos trois misérables initiales sur le tableau des scores finaux, le jeu vous oblige à commettre un génocide en brûlant des badauds avec un curseur en forme de viseur !
C'est un titre généreux, plutôt joli pour les standards balbutiants de 1996, et qui ne se foutait indéniablement pas de la gueule de son public à l'époque. Mais soyons clairs : je ne le referais pas aujourd'hui pour tout l'or du monde ! L'absence abyssale de scénario (et donc de but réel), la difficulté absconse servant de cache-misère à une durée de vie famélique, l'inexistence criminelle de checkpoints, et cette arcade bourrine et usante auront eu raison de ma patience.
Et dire que d'aucuns, frappés par la nostalgie et la sénilité, osent prétendre que c'était ça, l'âge d'or du jeu vidéo…
Verdict : 6/10
Une relique défouloir d'une générosité rare pour son époque, mais dont les mécaniques punitives et l'absence totale de filet de sécurité ont vieilli avec la grâce d'une fracture ouverte. À consommer avec des antidépresseurs.
« Yippee ki yay ! »

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