Test Final Fantasy IV

Final Fantasy IV – He came dancing across the Moon / Golbez, Golbez / What a killer

« Seul un véritable paladin pourra continuer… »


I. De la Plèbe Clairvoyante et du Grand Banditisme Éditorial

Et si c’était lui, le premier véritable Final Fantasy ? L’Alpha de nos nuits blanches, la genèse de l’érection rôlistique ? La masse grouillante des joueurs le considère souvent comme le deuxième meilleur épisode en 2D de la franchise. Pour une fois que la plèbe ne se trompe pas et fait preuve d'un discernement qui frôle le miracle, il convient de le souligner à l'encre rouge !

L'histoire éditoriale de cette galette est un véritable chemin de croix. Après d'innombrables itérations japonaises sur Super Famicom, nous, pauvres gueux du Vieux Continent, avons dû quémander pour obtenir une version PSX, livrée sans l'ombre d'une traduction, tel un os jeté à un clebs. Il fallut attendre la Game Boy Advance pour enfin savourer l'œuvre dans la langue de Michel Galabru. S’ensuivit une version DS reprenant les mêmes tares que celle du III : une 3D immonde et baveuse couplée à un chara-design fort douteux. Le Graal absolu, la quintessence, réside dans la version PSP : une 2D somptueuse, immaculée, incluant d'office l'extension Les Années Suivantes (jusqu'alors vendue à la découpe sur le WiiWare, une escroquerie tarifaire relevant du grand banditisme dématérialisé).


II. Du Chevalier Androgyne, de la Friendzone et de la Redpill

C'est ici que la saga perd enfin sa virginité narrative. Nous avons affaire au premier épisode doté d'un véritable scénario et de personnages travaillés au corps. Nous incarnons Cecil, un Chevalier Noir en pleine crise de la trentaine, qui en a plein le heaume de trucider des innocents pour satisfaire la soif de conquête de son monarque. Frappé par une soudaine poussée de conscience, il se rebelle, passe de multiples épreuves pour prouver sa bonne foi et se mue en Paladin immaculé. Cette quête de rédemption le mènera à enquêter sur les origines du mal (toujours ces foutus cristaux) jusqu’à s'envoyer en l'air sur la Lune pour y découvrir ses propres racines. Il est d'ailleurs amusant de noter que notre héros, au design farouchement androgyne, porte un prénom épicène. La boucle est bouclée.

Mais le véritable joyau de ce triangle dramatique, c'est Kain. Le Chevalier Dragon. Le friendzoné ultime. Celui qui tient la chandelle avec une dignité tragique. N'en déplaise à Cecil, Kain est le personnage le plus profond, déchiré entre sa jalousie viscérale pour celui qui lui a ravi le cœur de sa belle, et l'admiration indéfectible qu'il lui porte. La "belle" en question, c'est Rosa, la mage blanche pâmée devant Cecil, qui découvrira à ses dépens que l'amitié homme-femme est une vaste supercherie grâce à la redpill ingurgitée par notre pauvre Kain.


III. D'une Garderie Psychiatrique et des Rôlistes Occidentaux

Au cours de vos pérégrinations, vous dirigerez des escouades pouvant aller jusqu'à cinq personnages simultanément. Le casting secondaire est un asile à ciel ouvert d'une richesse absolue :

  • Rydia : Une jeune invocatrice dont les parents ont été joyeusement massacrés par Cecil au début du jeu, et qui finira par le suivre avec dévotion, illustrant le plus beau syndrome de Stockholm de l'ère 16-bits.

  • Cid : L'inévitable ingénieur de Baron, avec son marteau et sa bedaine.

  • Yang Fang : Le karatéka juste et loyal, cliché ambulant du moine shaolin distribuant des mandales martiales.

  • Tellah : Un vieux sage luttant ardemment contre la maladie d'Alzheimer pour tenter de se remémorer ses sortilèges les plus dévastateurs.

  • Edward : Un barde lâche (pléonasme) dont les compétences se résument à chanter faux et à se cacher derrière un rocher dès que le ton monte.

  • Palom et Porom : Des jumeaux magiciens aussi identiques physiquement qu'ils sont dissociables par leurs caractères de petits merdeux attachants.

  • Edge : Le ninja intrépide à la libido frétillante.

  • Fusoya : L'inénarrable sage lunaire.

Ici, point de "Jobs" interchangeables à la volée. Chaque classe est prédéfinie, gravée dans le marbre du game design. Cela forge l'identité de nos héros et leur confère une véritable âme. Une leçon magistrale adressée à ces RPG occidentaux insipides où le joueur doit s'épuiser à écrire lui-même le scénario et la personnalité d'une coquille vide, comme un rôliste dépressif !

Capture d'écran Final Fantasy IV le retour de Rydia dans l'équipe



IV. De la Révolution Temporelle et du Tourisme Sélène

Sur le plan mécanique, Final Fantasy IV est l'inventeur d'une véritable révolution copernicienne : l'apparition de la jauge ATB (Active Time Battle). Fini le tour par tour statique où l'on a le temps d'aller se couler un café entre deux attaques ! Ici, la barre se remplit, le temps s'écoule, la tension monte, et la vitesse de la jauge varie selon l'action sélectionnée.

Le jeu transpire le pur jus Final Fantasy : quêtes des invocations cachées, recherche des armes ultimes, et le sacro-saint donjon bonus post-générique. Les combats aléatoires passent comme une lettre à la poste, même selon les standards modernes, et le grand voyage sur la Lune reste l'une des séquences les plus mythiques de l'histoire du média. Seul l'antagoniste, Golbez, s'illustre par son ambiguïté, prouvant que dans les JRPG, le gros méchant en armure cache souvent un lourd secret de famille.


V. De la Progéniture Mollusque et du Remplissage Fainéant

Terminons par la fameuse extension, Les Années Suivantes. Dix-sept ans ont passé. Cecil et Rosa ont copulé, et de cette union est né Ceodore. Disons-le sans fard : ce gamin possède le charisme d'une huître oubliée sur un plateau de fruits de mer. Le scénario de cet add-on n'est qu'un prétexte fainéant, mercantile et étiré à l'excès pour prolonger la durée de vie.

Initialement vendu au chapitre sur WiiWare, chaque bout d'intrigue s'attardait sur le destin d'un vétéran avant de réunir tout ce beau monde pour retourner affronter une nouvelle menace lunaire. Faire payer le péon à l'unité pour cette purge était un scandale sans nom. Heureusement, la version PSP l'inclut gratuitement, nous évitant l'indignation financière. Son seul mérite est de nous permettre d'incarner Golbez et de sauver quelques chapitres moins honteux que les autres.


Verdict : 8/10

Emmené par son trio légendaire (Cecil, Kain, Golbez), par la remise en question constante de son héros et la jalousie poignante de son chevalier dragon, Final Fantasy IV marque le véritable point de bascule de la saga. À partir de là, la franchise ne cessera de proposer des personnages profondément attachants, des méchants au charisme vénéneux et des trames narratives développées. Un monument à faire absolument.

« Je peux pas croire qu’on va aider cette canaille ! »

Commentaires