Test Runaway 2 The Dream of the Turtle

Runaway 2 : The Dream of the TurtleFeuille de Rose sur Rose du Paradis

"– Vous n’êtes qu’un misérable tueur de femmes sans défense !
– Allons, allons… ce n’est pas encore le moment de me faire de la lèche."


Prologue

S’il fallait un jour définir le "baroque tropical pixelisé", Runaway 2 serait cloué comme exemple sur le tableau noir du collège. La fugue continue, et cette fois, Brian Basco revient plus bronzé, plus musclé, plus beurré au soleil qu’un influenceur végan sponsorisé par Red Bull et le FBI. Fini le nerd rachitique. Voici Brian le beau, Brian le dur, Brian le héros qui te pique ta copine pendant que tu choisis encore ton shampooing. Eh oui, la chirurgie esthétique numérique, ça fonctionne.


I. Gina, le coma et la suspension mammaire

Tout commence par un crash d’avion dans une jungle hawaïenne, quelque part entre Lost et Fort Boyard saison 13. Gina, notre copine aux formes de pin-up et au QI de plante d’intérieur, est mise en pause thérapeutique dans un tube de bacta façon Vegeta en convalescence. Elle est nue, certes, mais protégée par le Code PEGI et la bienséance des bras croisés.

Dès lors, libéré de toute entrave émotionnelle, Brian peut enfin faire ce qu’il fait de mieux : courir après le scénario comme un cocker en manque.


II. Brian Basco, du puceau au surfeur alpha

Nouvelle coupe. Nouvelle voix. Nouvelle libido. Brian est devenu un mâle. Un vrai. Il se tape une autochtone nymphomane pendant que sa meuf est entre la vie et le scénar’. Lokelani, ça veut dire "rose du paradis", et Brian va effectivement lui bourgeonner les pétales dès le chapitre 2. Et franchement ? On comprend même si la demoiselle a un bodycount digne d’un kill count de John Wick, elle arbore le look d’une Lara Croft des Marquises, et l’allure d’une pub pour des capotes biodégradables.

Capture d'écran Runaway 2 The Dream of the Turtle Brian Basco avec Lokelani en string



III. Alienland, ou la grande bouffonnerie cosmique

Le scénario, jusque-là gentiment tarabiscoté, explose alors dans une gerbe intergalactique de complots millénaristes, d’extraterrestres collectionneurs et de savants fous.
Des bases secrètes surgissent.
Des trantoriens révèlent leur vraie nature (spoiler : ce sont des supporters du RC Lens).
Des militaires plus débiles et caricaturaux les uns que les autres.

C’est la fête du slip.

On croise :

Kordsmeier, général fascistoïde, mix d’Amon Göth et de Colonel Kurtz sous stéroïdes.
Tarentula, dominatrice gothico-militaire, fan de bondage et d’entomologie.
Archibald, le misanthrope que même Schopenhauer trouverait trop agressif.
O’Connor, abruti militaire dont chaque phrase est un poème de bêtise.
Casse-Bonbons, le lémurien bourré qui incarne l’âme du jeu : inutile, poilu, hilarant.


IV. Escales vers l’impossible : d’Hawaï à l’Alaska, en passant par l’Absurdie

Le voyage est un trip. Au sens narcotique du terme. Dépaysement garanti : on commence dans les tropiques avec des chemises à fleurs et des militaires qui butent des cacaoyers. On finit dans les glaces de l’Alaska, avec un savant enfermé dans son chalet. Entre-temps, on passe par une île militaire, une plage, une jungle, un bateau sur l’océan. Chaque lieu est un décor de cinéma, mais version Uwe Boll.
C’est coloré, criard, invraisemblable.
Mais jamais ennuyeux.


V. Énigmes et pathologies mentales : le gameplay selon Docteur Freud

Comme tout bon Point & Click, Runaway 2 obéit à une logique de malade mental en phase terminale :

Deviner la liste des ex de Lokelani pour la séduire (très post-#MeToo).

Souder une clé avec une loupe réfléchissant le soleil.

Ressusciter un cacatoès en le menaçant de lui foutre une borne kilométrique dans le croupion.

Et pourtant, ça passe. Parce que c’est bien écrit. Parce que c’est drôle. Parce que c’est absurde et que ça s’assume. Même le chapitre 4, avec son syndrome du "je vois l’objet mais je n’ai pas encore dit que j’en ai besoin donc je ne peux pas le prendre", on lui pardonne. C’est le prix de l’humour.


VI. Final Fantasy : vers l’infini, et au-delà de l’absurde

Le dernier chapitre est un pastiche amoureux de Monkey Island.
Alexandrins fleuris.
Répliques en vers et en verve en ancien François. C’est débile.
C’est génial.
Et ça se termine sur un cliffhanger. Un vrai. Pas un gadget narratif. Un appel au suivant, au Runaway 3, que l’on veut maintenant, tout de suite, injecté en intraveineuse.


Verdict : 9/10

Runaway 2, c’est du cartoon pour adultes qui n’ont jamais grandi.
C’est un jeu qui pue le monoï, la sueur comique, et le script imbibé de Tequila.
C’est plus drôle que le premier.
Plus vivant. Plus sexy. Plus idiot.
Mais un idiot de génie. Un idiot sincère. Un idiot qui t’emmène au bout du monde avec un briquet et une grenouille empaillée.

Une déclaration d’amour au Point & Click, à la SF de garage, aux femmes fatales et aux conspirations lunaires.

Un chef-d’œuvre ibérique déguisé en vacances de printemps.

"Mais en réalité, ces figurines Rapa Nui sont des reproductions de désodorisants au pin des Landes que les trantoriens accrochent au rétroviseur de leurs soucoupes…"

Et soudain, tout s’éclaire.

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