Test In Memoriam Le Dernier Rituel

In Memoriam : Le Dernier Rituel — La résurrection numérique du Phénix, élégie interactive pour paranoïaques sentimentaux

« As the sun was declining
When the skies became dusky
Cheer and joy would be found. »


I. L’évangile selon Saint Jack : quand le héros meurt, le mythe commence

Jack Lorski est mort.
Pas "disparu", pas "porté pâle", pas "parti élever des chèvres dans le Vercors" — mort, enterré, pulvérisé.
Et avec lui, une époque de l’investigation narrative qui portait des pulls en laine grattants et codait dans le sang.

In Memoriam 2, c’est son chant funèbre.
Et c’est aussi celui d’un genre vidéoludique qui, à force de vouloir abolir les frontières entre réel et fiction, a fini par creuser sa propre tombe dans un coin de forum désormais vide.

Mais quelle tombe !
Un mausolée baroque. Un opéra en HTML. Un requiem chanté par des serveurs frémissants et des acteurs filmés comme dans une pub pour les hôpitaux privés.


II. Le Phénix revient… ou finit ? L’espoir est un oiseau qui saigne du bec

Suite directe, suite fatale.
Le premier opus t’avait laissé sur les rotules, la rétine brûlée, et l’âme encore sous les ruines d’une paranoïa bien troussée.
La Treizième Victime avait tenté de colmater l’intervalle, comme un strip-teaseur sénégalais essayant de faire oublier le départ de Channing Tatum.

Mais ici, on repart pour une vraie cavalcade, une quête de sens, un puzzle tentaculaire où le Phénix, toujours aussi cryptique et monomaniaque, t’envoie désormais des SMS.

Oui. Des putains de SMS.
Tu pouvais être à Auchan, sur le trône, en entretien Pôle Emploi — et bam ! Le Phénix te souffle à l’oreille un poème codé ou un lien vers un site turc à décrypter.
L’angoisse devient nomade.
Le thriller, intime.

Ce n’est plus seulement un jeu. C’est un parasite, qui vit avec toi, dans toi.
Une époque bénie où l’on acceptait d’être hanté, pourvu que l’histoire en valût la peine.


III. Des énigmes comme des incantations : rite ésotérique de la logique perdue

Ah, les énigmes…
Elles sont de retour. Et elles ne plaisantent plus.

Exit la médiathèque folklorique de l’add-on, ici on attaque la lourde chirurgie mentale.
On manipule des vidéos au ralenti.
On décode des sons en infrabasses.
On fusionne des documents PDF avec des sites gouvernementaux fictifs.
On crée des comptes e-mails.
On consulte des bases de données diplomatiques.
On télécharge des morceaux musicaux codés comme les prières d’un culte interdit.

Parfois, on pleure. Parfois, on gémit.
Et parfois, on se surprend à rêver de lignes de commande, à voir des patterns dans le plafond, à croire que le Phénix est ton père, ou ton ex, ou les deux.


IV. Forme sublime, fond viscéral : le dernier grand opéra interactif

Côté esthétique, Lexis Numérique fait feu de tout bois.
Les vidéos sont léchées, parfois même trop.
Les acteurs, moins ridicules que d’habitude.
L’interface, un brin trop sage, mais fonctionnelle.
L’ambiance, toujours cette musique plaintive, cette poussière numérique qui semble tomber sur l’écran comme de la cendre radioactive.

Il n’y a plus l’effet de surprise.
Mais il y a la maîtrise, l’élégance froide du prestidigitateur qui, cette fois, te montre le fond du chapeau… et te laisse seul face au néant.

Capture d'écran In Memoriam 2 vidéo montrant actrice en train d'hurler de peur



V. Tombe scellée d’un genre disparu : le jeu que tu ne rejoueras jamais

Comme ses grands frères, In Memoriam 2 n’est plus jouable.
Les serveurs ont explosé.
Les sites sont partis en fumée.
Les mails n’arrivent plus.
Et les SMS ?
Tu rêves.
Même le Phénix a changé de forfait.

Ce jeu était une époque, celle où l’on pouvait croire que le jeu vidéo allait muter, se faire expérience, être vécu plutôt que consommé.

Eric Viennot et Lexis tenteront bien de ressusciter la formule avec Alt-Minds.
Mais ce sera un cataclysme vaguement interactif, où l’énigme consiste à cliquer au pixel près sur une ruelle moldave dans Google Maps avant 16h48 sous peine d’être spolié par un autre joueur plus insomniaque que toi.

Tristesse.
Pétard mouillé.
Tombe profanée.


VI. La mort est un feu d’artifice intérieur, et le Phénix une idée qu’on ne tue pas

In Memoriam 2 est une œuvre totale.
Un thriller ésotérique.
Une expérience d’immersion mentale.
Un doigt crade dans l’oreille du réel.
Il n’a pas le choc du premier. Mais il a la douleur douce du deuil, la vertu rare de la conclusion trouble.

Est-ce la fin du Phénix ?
On voudrait le croire.
Mais quelque part, dans un vieux portable au fond d’un tiroir, une LED clignote encore.


Verdict : 9.5/10

Un chef-d’œuvre terminal.
Un jeu qui pense, qui t’écrit, qui t’appelle, qui te hante.
Une expérience si unique que même l’industrie n’a jamais tenté de la copier.
À la fois conclusion et testament.
Le dernier râle sublime d’une idée trop belle pour ce monde.

« Poussin… »

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