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L’Île Noyée — Le jour où Agatha Christie s’est tapée un sopalin vide en imperméable
« Bonjour inspecteur Jack Norm, bienvenue dans votre Personal Police Assistant »
I. Le cadavre flottait comme une idée de génie dans un studio de game design
Un milliardaire, en fauteuil roulant, tombe d’une falaise lors
d’une réunion familiale.
Pas dans un palace.
Pas dans un
bordel vénitien.
Non.
Sur une île privée, plus isolée
qu’un orgasme dans une abbaye.
Jack Norm débarque.
Un nom de meuble IKEA, une voix de
standardiste.
Il doit résoudre l’affaire.
C’est un Whodunit.
Un vrai.
Un de ceux où tout le
monde a l’air coupable, où le manoir transpire la vieille semence
bourgeoise, et où les rideaux cachent plus de secrets que
l’arrière-boutique d’un Love Store.
Le Point & Click se prête à merveille comme ce genre d’ambiance en huis clos.
II. Jack Norm, ou la stérilité incarnée
Jack Norm, c’est l’anti-enquêteur.
Le gouffre
charismatique.
Le trou noir du polar.
Il n’a rien.
Pas de gimmick.
Pas de voix.
Pas
d’odeur.
Sa voix ressemble à une récitation de liste de courses par un
manchot sous Xanax.
Son visage est un gif figé de lassitude
bureaucratique.
Son aura évoque celle d’un banc humide à la
gare de Vierzon.
Poirot a son accent et sa vanité.
Columbo sa fausse
crasse.
Maigret ses silences ivres.
Jack, lui, a le charisme d’un presse-agrumes éteint.
III. Le bal des faux-culs
Là où Jack échoue à exister, les suspects font le
boulot.
C’est le festival de la pathologie mondaine.
Les compagnes des petits-enfants carnivores, le petit-fils névrosé au regard de biche mitraillée, l’avocat véreux qui cache sûrement un corps ou un micropénis, l’architecte de la tour aussi fiable qu’un test PCR en 2020.
Des figures classiques, certes, mais bien utilisées.
Chacun
joue sa partition.
Mensonges, silences, ricanements, regards
appuyés.
C’est plus théâtral qu’une saison entière de
Plus Belle La Vie.
Et malgré l’ambiance feutrée, on avance.
Pas à
pas.
Indice par indice.
Chapitre par chapitre.
Comme
un moine tibétain qui aurait troqué l’éveil spirituel pour une
bonne vieille affaire de meurtre patrimonial.
IV. Clippy fait de la criminologie
Le Personal Police Assistant est une merveille.
Une IA avant
l’heure.
Un Clippy qui aurait lu du Simenon et sniffé du code
pénal.
Il trie les indices.
Il dresse des profils.
Il nous
rappelle ce qu’on a oublié (c’est-à-dire tout).
Il est si brillant qu’on soupçonne parfois qu’il a tué lui-même le milliardaire pour se sentir exister.
Face à lui, Jack Norm n’est qu’un chiffon.
Un support
vocal.
Un type qui parle pendant que le vrai boulot se fait tout
seul.
Et on se surprend à rêver d’un spin-off où le PPA remplace les flics et enquête sur Jack Norm lui-même pour usurpation d’identité vidéoludique.
V. L’urgence comme erreur de casting
Le jeu propose deux modes :
— la version classique,
pépouze, à la cool, tisane et slippers,
— ou bien la version
contre-la-montre, avec la montée des eaux en guise de minuteur
humide.
Mais qui a eu cette idée ?
Qui a osé foutre du stress dans
un genre qui fait de la lenteur une religion ?
Le Point & Click, c’est la paresse sacrée.
C’est
cliquer sur des lampes, interroger des horloges, écouter des
monologues pendant qu’on digère une quiche.
Ajouter du timing, c’est comme demander à une vieille dame de résoudre un Rubik’s Cube sur un toboggan en feu.
Non, merci.
VI. Finalement, tout s’éclaire, mais on s’en fout
La dernière ligne droite se pare des habits classiques :
révélations, confrontations, recoupements.
Et Jack, dans un
ultime effort de diction, désigne le coupable.
On fait semblant d’être surpris.
On sourit.
On
clique.
Et on regarde Jack s’envoler en montgolfière comme un
pet mou dans la stratosphère de l’oubli.
Il ne reviendra jamais.
C’est une promesse, pas une menace.
VII. Un jeu solide, un héros liquide
L’Île Noyée aurait pu être une pépite.
Le décor était là.
L’ambiance.
L’intrigue.
Le
système d’enquête.
L’IA.
Mais le héros ?
Le héros, c’est une erreur de casting
devenue légende.
On aurait voulu un Stobbart, un Canardo, même un inspecteur Derrick boosté au guarana.
À la place, on a Jack Norm.
Symbole de tout ce qui meurt
doucement dans l’ombre des bons jeux.
Un inspecteur en polystyrène, porté disparu dans un monde où même les majordomes ont plus de sex-appeal.
Verdict : 7/10
Une enquête bien conçue, un jeu solide, mais un protagoniste qui
évoque davantage un néon défectueux qu’un enquêteur
mythique.
Une IA qui brille, des suspects convaincants, mais un
héros inexistant.
Le mystère est bon. L’exécution est
correcte.
Mais le cœur du jeu est creux.
Il n’y aura pas de suite.
Et personne ne pleurera.
« Cette tour peut s’effondrer d’un instant à l’autre ! »
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