Test Paradise (Last King of Africa)

Paradise – Les aventures félines d’une métisse amnésique dans une dictature puante

« Je ne peux tout de même pas terminer ma carrière ici, dans ce pays de sauvages et de bêtes féroces »


I. Une héroïne amnésique, une panthère domestique et un harem africain : bienvenue en enfer tropical

Ann Smith.
Elle se réveille dans un lit de soie.
Amnésique.
Dans un harem.
En Mauranie.
Et elle est métisse.
C’est-à-dire qu’en une minute de cinématique, elle cumule plus de tropes que dix saisons de Plus belle la vie.

Elle ne sait ni qui elle est, ni ce qu’elle fout là, ni pourquoi elle rêve chaque nuit d’une panthère qui la regarde comme un ex malaisant sur Instagram.
Le joueur, lui, a déjà deviné : elle est importante. Elle est recherchée. Elle est en danger.
Et surtout, elle est le cliché ambulant du Point & Click post-colonial.


II. La Mauranie : un pays imaginaire, mais on dirait bien qu’on y meurt pour de vrai

La Mauranie n’existe pas.
Mais elle a le goût, la couleur, la moiteur de toutes ces républiques bananières issues de l’imaginaire francophone : un roi ventripotent, des militaires qui puent la sueur et le kérosène, des villages rongés par le paludisme et le ressentiment.

Ici, tout le monde parle mal français avec un accent douteux, et les enfants jouent avec des kalachnikovs en bois pendant que les adultes fomentent un coup d’État entre deux mangues pourries.
On visite des lieux splendides :
— une ville royale écrasée par le soleil,
— un zoo où les cages sont plus propres que les humains,
— une jungle plus touffue qu’un pubis oublié,
— une mine abandonnée.

Le tout baigne dans une poésie sale, une Afrique rêvée par un Occidental plein de bonne volonté mais légèrement bourré au rhum Charrette.

Capture d'écran Paradise en Mauranie dans les arbres



III. Sokal en terrain connu : clics, énigmes et journaux à lire aux chiottes

Côté gameplay, on est dans le Point & Click classique.
Pur jus Sokal.
On ramasse un objet, on le frotte contre un autre, ça débloque un truc auquel on ne pensait pas, et puis on lit une lettre qui vous explique ce que vous auriez dû comprendre avant de cliquer comme un débile.

Les énigmes ne sont ni trop dures ni trop simples.
Elles ont le bon goût de ne jamais prendre le joueur pour un con — mais parfois pour un lecteur de thèse en ethnobotanique appliquée.

C’est du bon.
C’est propre.
C’est calibré pour ceux qui aiment réfléchir en chaussons, avec une tisane de camomille et un regard vide.


IV. Mais bordel, pourquoi incarne-t-on une panthère ?

Et puis voilà.
Le drame.
Les séquences panthère.
Oui, panthère.
Vous incarnez une putain de panthère noire.
Qui saute.
Qui grimpe.
Qui se cache.
Qui bugue.

Et c’est une catastrophe.

Maniabilité exécrable, collisions d’une autre époque, gameplay d’un autre monde, et caméra à faire passer Tomb Raider 1 pour une œuvre de Kubrick.

On sait que vous n’avez pas le budget pour faire un vrai jeu d’action, les gars.
Mais pourquoi vouloir nous le prouver ?
Pourquoi cette humiliation interactive ?
C’est comme si Myst vous forçait à jouer au curling entre deux énigmes.
Non. Stop. Assez.


V. La fin ? Une balle. Un silence. Et un frisson.

Et pourtant.
La fin, elle, sauve l’ensemble.
Pas d’orgie pyrotechnique, pas de deus ex machina.
Juste une révélation sobre.
Une balle.
Un coup de feu au loin.
Une respiration coupée.
Et un silence qui dit tout ce que le jeu n’a pas su dire jusque-là.

La conclusion est aussi inattendue qu’élégante, comme un dernier soupir dans un drap de soie taché de sueur.


VI. Sokal au ralenti, comme Baphomet sous Lexomil

Paradise, ce n’est pas un mauvais jeu.
Mais c’est un jeu moyen d’un auteur qu’on sait capable de mieux.
Comme Baphomet 4 : il y a des idées, des images, des intentions… mais le moteur est grippé, et le charme ne prend pas.
C’est lent.
C’est déséquilibré.
C’est frustrant.

Et pourtant, on sent l’envie, le geste, la tentative de créer un monde, une atmosphère, une vraie BD interactive.
Car oui, Paradise, c’est aussi une BD de Sokal. Il faudra que je la lise un jour, pour savoir si la panthère y saute mieux.


Verdict : 6.5/10

Un Point & Click classique, joliment illustré, abîmé par des séquences d’action honteuses, mais sauvé par son ambiance coloniale déglinguée et une fin réussie.
Une œuvre inégale, qui donne envie de lire plutôt que de jouer.

« Viens embrasse ton père. »

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