Assassin’s Creed Unity — Paris brûle-t-il ? Non, il rame en 12 FPS.
"The only thing I care about is finding Elise."
Prologue
La Révolution française.
Celle des têtes, du pain, des
guillotines et des discours en majuscule.
Celle des peuples en
furie et des aristos qui prient pour leur dernier pet.
Et toi,
joueur francophone, tu t’imaginais déjà en haut de Notre-Dame, la
main sur ton cœur pixelisé, prêt à sabrer l’histoire au nom du
peuple. Robespierre en cible, Marie-Antoinette à genoux, Napoléon
en NPC mythique.
Un Assassin’s Creed fait par des
francophones, sur l’un des événements historiques les plus denses
de l’Histoire humaine.
Mais Ubisoft avait une autre idée.
Une
idée tendre.
Une idée rousse.
I. Arno Dorian ou le fantôme du charisme alias l’endive
Il est né sous une mauvaise étoile, celle de Twilight et des
shampooings pour cheveux fins.
Arno Dorian, noble orphelin,
élevé par des Templiers, devenu Assassin à la faveur d’un
meurtre scénaristique.
Il est censé être complexe.
Il
est censé être intense.
Mais il est surtout l’équivalent
vidéoludique d’une infusion de camomille dans un gobelet en
plastique.
Il aime Élise, la rousse aux yeux de feu.
Il
cherche Élise.
Il pense Élise.
Il veut Élise.
Mais
nous, on veut Robespierre.
II. Élise de la Serre, ou Roméo & Juliette (sans talent)
Templière. Fille de. Sculptée pour Arno.
Elle se bat. Elle
crie. Elle meurt.
Et entre deux dialogues plus plats qu’une
Marseillaise sur flûte à bec, elle devient l’alpha et l’oméga
du scénario.
Tant pis pour la Révolution, les massacres, la
Terreur.
On vit dans un Paris qui saigne, mais l’essentiel,
c’est qu’Arno récupère sa meuf. On finit par se demander si on
joue à Roméo & Juliette 2 : Le Retour de la Guillotine.
III. Les figures historiques : figurants chez Castorama
Robespierre ? Fait une apparition, puis disparaît dans une
cinématique molle.
Louis XVI ? Tient sur deux phrases et une
tête coupée.
Napoléon ? Fantôme de marketing.
Mirabeau
? Passé à l'essoreuse.
Tout ce que la série avait si bien fait avec les Médicis, Machiavel ou Washington ? Ici, sacrifié à l’autel d’un couple fade et d’un gameplay en grève.
IV. Bellec, marquis de Sade et le reste du monde
Heureusement, deux lueurs :
Bellec, mentor bourru et violent, qui fume la philosophie comme d'autres fument des Gauloises sans filtre. C’est l’homme, le vrai, le seul qui élève un peu le propos.
Le marquis de Sade, lubrique, génial, totalement hors-sujet, mais brillamment écrit. Chaque réplique est un orgasme syntaxique.
Et tous les autres personnages historiques ?
Des caméos.
Des
polaroids.
Des QR codes vivants.
V. Paris, cathédrale de bugs
La ville est magnifique.
Un chef-d’œuvre architectural.
Un
fantasme de pierre et de sang.
Mais le jeu est sorti trop
tôt.
Et Arno s’enfonce dans le sol.
Les textures
clignotent.
Les passants fusionnent comme des jumeaux siamois
punis par Dieu.
On voulait grimper la Bastille.
On a escaladé des bugs.
VI. Le gameplay : une bonne idée dans un sac plastique
Il y a les assassinats uniques : brillants,
complexes, satisfaisants.
Il y a les énigmes de
Nostradamus : élégantes, poétiques, parfois tordues.
Il
y a les enquêtes : bien vues, bien foutues.
Sherlock en capuche. Agréable.
Mais ensuite, c’est le grand retour de la Routine
Ubisoftienne™ :
collecte d’objets, rénovation
immobilière, quêtes FedEx, tours à grimper, coffres à ouvrir avec
l’appli mobile de 2014 que même Dieu ne peut plus télécharger.
Et surtout… le coop obligatoire.
Oui, pour
finir le jeu à 100 %, il faut faire des missions multi-joueurs.
Toi,
joueur solitaire, va te faire guillotiner.
VII. La méta-histoire ? Égarée dans un serveur FTP
On commence avec Jacques de Molay, figure historique stylée,
brûlée vive avec panache.
Puis on retourne dans le présent,
où Abstergo, alias Ubisoft dans un miroir, te propose de revivre des
souvenirs pour "retrouver l’ADN de Germain", clone
discount de Roberts et mégalo de service.
On clique sur un ordi.
On entend Bishop.
On grimpe la
Tour Eiffel via un bug temporel.
Et on ferme sa gueule.
Scénar ? Archivé dans un disque dur externe oublié dans les chiottes d’Ubisoft Montréal.
VIII. La Révolution, ou le décor IKEA
Unity avait tout :
la période,
les moyens,
les
idées.
Mais il a tout sacrifié sur l’autel d’un couple mal écrit.
Il
n’a pas osé parler de la Terreur, du peuple, de la folie
collective.
Pas un mot sur le vrai chaos.
C’est un Assassin’s Creed de vitrine.
Avec des bugs.
Et
une pub Tinder au milieu.
Le verdict est sans appel 5 euh ah on me dit dans l'oreillette que Mélenchon a ragé sur le jeu car le héros soutient la royauté face aux "gentils" révolutionnaires donc
Verdict : 6.5/10
Assassin’s Creed Unity, c’est un soufflé retombé.
Un
croissant trop pressé.
Un rêve tricolore noyé dans l’eau de
rose.
C’est beau.
C’est ambitieux.
C’est cassé.
Et
surtout, c’est frustrant.
Un jeu fait par des Français qui oublie de raconter la
France.
Un titre qui se veut révolutionnaire, mais
meurt d’amour avant d’avoir brandi la moindre idée.
Il reste quelques scènes sublimes.
Quelques combats bien
chorégraphiés.
Et un Paris à pleurer.
Mais l’essence même de la saga, ce duel philosophique entre contrôle et liberté, y est noyée sous des bugs et des bisous.
"Masyaf, Montereggioni, the American colonies... It's all happened before, and we've risen anew, stronger than ever."

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