Test Assassin’s Creed Altaïr's Chronicles

Assassin’s Creed : Altaïr's Chronicles — Le Calice jusqu’à la lie

"Al-Mualim ! The village is under attack !"

Prologue

Il fallait oser.
Porter Assassin’s Creed, franchise naissante pleine de parkour, d’assassinats élégants et de conspirations métaphysiques… sur Nintendo DS.
Cette console à deux écrans, zéro stick, et la puissance graphique d’un grille-pain tiède.

Un préquel ?
Pourquoi pas.
Une quête annexe dans la croisade ?
Pourquoi pas.
Un scénario avec un calice mystique ?
Pourquoi pas.
Mais est-ce qu’on avait demandé à jouer à un sous Prince of Persia, version scrolling semi-rigide et combats à la cuillère ?
Non.


I. Altaïr, ou le retour du ninja myope

On incarne Altaïr, le Jésus acrobatique de la licence, ici réduit à une silhouette arthritique animée par spasmes sur fond de musique orientale libre de droits.
Il court. Il tape. Il grimpe sur des corniches comme un somnambule possédé.
On dirait le clone sous-alimenté d’un Prince of Persia oublié dans une boîte de céréales.

Envoyé par Al-Mualim (toujours aussi sentencieux), il doit retrouver le “Calice”, une relique supposée unir les peuples.
Mais surprise : le calice est une femme. Adha.
Une figurante du lore vaguement évoquée, ici recyclée en princesse médiévale à sauver, parce que même dans les croisades pixelisées, le patriarcat ne dort jamais.


II. Chroniques d’un fun assassiné

Première bonne surprise : visuellement, ce n’est pas une horreur.
Mais tout s’arrête là. Le reste, c’est une orgie d’approximations.

Les combats ?
Des combos mous, des QTE au stylet, des ennemis clonés par palettes entières.
On tape, on esquive (mal), on réessaie, on soupire.

Les assassinats se terminent, par miracle, à la lame secrète. Mais encore faut-il survivre aux phases de plateformes qui ressemblent à un niveau bonus de Super Mario en burqa.

Et partout, des orbes rouges et bleues à ramasser.
Des collectibles insipides censés guider le joueur, mais qui donnent surtout envie de brûler l’Écran du Haut en offrande à Baal.

Capture d'écran Assassin’s Creed Altaïr’s Chronicles Altaïr contre les Templiers



III. En quête de rien

Le scénario, c’est un digest sans fibres.
Des dialogues plats, une progression linéaire, et des personnages qui ont autant de relief qu’une crêpe oubliée sous un grimoire.

Rafik ?
Présent. Inoubliable d’inutilité.
Les Templiers ?
Ils veulent… dominer le monde, sûrement, entre deux pauses pipi.
Adha ?
Fantasme holographique dont la profondeur psychologique s’arrête à “j’ai une voix douce et une robe propre.”

Aucun flash-back moderne, aucun Desmond, aucun Animus.
Juste une soupe tiède de quêtes génériques, prétexte à sauter, frapper et déraper dans des décors sans âme.


IV. Un préquel en précaire

Altaïr’s Chronicles n’est pas un jeu.
C’est un produit dérivé, sans amour, sans idée, sans nécessité.
Un projet cynique, né dans une salle de réunion où des hommes en cravate ont dit “il nous faut un jeu portable pour Noël.”

C’est le CD bonus de la version collector qu’on aurait préféré ne jamais écouter.
Ça ne développe rien du lore.
Ça n’introduit rien d’intéressant.
Ça n’apporte que frustration, déception, et le sentiment d’avoir été pris pour une chaise longue : fonctionnel mais profondément insulté.

Il préfigure, en cela, les futurs Assassin’s Creed Chronicles.
Mais là où China ou Russia auront au moins une DA digne et un gameplay minimalement respecté, ici, c’est un chantage émotionnel en pixel art.


V. La bonne nouvelle ? L’euthanasie ludique

La seule chose qu’on peut saluer, c’est sa durée de vie microscopique.
Un malheur bref, une hernie vidéoludique qui se résorbe en quelques heures.

Tu te tapes des boss fainéants, des énigmes molles, des couloirs vides, puis… générique.
Et tu peux ranger la cartouche là où elle aurait dû rester : entre deux démos de Nintendogs et un cure-dent cassé.


Verdict : 3.5/10

Assassin’s Creed : Altaïr’s Chronicles, c’est un détour inutile dans la chronologie d’une saga qui aurait pu s’en passer.
Un mélange de recyclage paresseux, de plate-forme molle, et d’écriture scolaire.

Un jeu pour les complétistes, les archivistes, les masochistes.
Un jeu pour moi, donc.

Un jour, quelqu’un dira qu’il a aimé.
Mais ce jour-là, je vérifierai son ADN.

"I'll find you, Adha !"

Mais ne t’inquiète pas, Adha. On ne t’avait pas vraiment cherchée.

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